Jeux de Confiance – Chap 17

Jeux de Confiance V2 Fb

Louise

J’embrassais rapidement ma tante et filais en courant jusqu’à l’arrêt de bus. C’était trop long, il n’y avait pas de bus avant une heure, alors je courais à en perdre haleine jusqu’à chez Tony. Arrivée devant sa porte, je ne pris pas la peine de reprendre mon souffle et toquais. Pas de réponse. Il n’était pas chez lui… Pourtant il doit être rentré du travail à cette heure-ci. Je frappais une nouvelle fois et tendis l’oreille mais il n’y avait aucun bruit à l’intérieur.

Je pris mon portable, les mains tremblantes, et tentais de l’appeler. En tombant sur son répondeur, je sentis les larmes monter. Je m’assis sur ses escaliers et laissais mon souffle reprendre un rythme plus ou moins normal. La nuit était tombée et j’avais froid. Il fallait que je le voie aujourd’hui et chaque minute d’attente était une torture. Je crus apercevoir sa voiture passer dans la rue d’en face. Je commençais à douter mais il allait bien rentrer chez lui à un moment ou à un autre. Quelle idiote ! Pourquoi n’avais-je pas demandé son numéro de téléphone à Kurt, il devait sûrement savoir ou était Tony.

Je désespérais quand je le vis se garer dans la ruelle. Mon cœur se mit à battre à tout rompre. Je tremblais, mais plus d’inquiétude que de froid. J’appréhendais sa réaction. Et s’il ne voulait pas me pardonner ? Lorsqu’il m’aperçut, son visage exprima la surprise puis le soulagement. Il détourna le regard vers le siège passager. Je ne compris pas tout de suite la raison. Jusqu’à ce que je le voie sortir de l’habitacle avec un énorme bouquet de fleurs. Je descendis les escaliers et il s’approcha de moi.

— Pardonne-moi Tony, je n’aurais pas dû t’abandonner comme ça.

J’avais fait exprès d’utiliser le mot « abandonner ». J’avais pris conscience du mal que j’avais pu lui faire et je voulais qu’il le sache.

— Oh Lou, tu m’as tellement manqué !

Il fondit sur moi et me prit dans ses bras. Il m’embrassa et me serra si fort que j’en eus le souffle coupé. Il s’écarta et redressa le bouquet pour me le tendre.

— Je reviens de chez toi, tu n’y étais pas. J’ai attendu un bon moment et finalement, je suis passé à la bibliothèque. J’espérais t’y trouver. Mais tu es là…

— Tu étais venu me trouver ?

— Oui, tiens, elles sont pour toi. J’espérais te prendre à nouveau dans mes bras, comprendre ce qui s’était passé.

— Oh Tony…

Tony

Je n’en revenais pas. Elle était revenue vers moi, elle ne m’avait pas laissé tomber. Lou était dans mon studio, son bouquet dans un vase et se pelotonnait contre mon torse. Nous étions serrés l’un contre l’autre dans mon fauteuil et nous étions bien. Je lui embrassais le nez, la bouche, le cou, tout ce que je pouvais. J’avais mis de la musique pour apaiser nos cœurs palpitants.

J’étais heureux de l’avoir de nouveau près de moi, même si je n’avais pas les réponses à mes questions. Elle était là, et c’est tout ce qui m’importait. J’irais à son rythme. Cette femme en valait vraiment la peine. Mon cœur ne cessait de cogner dans ma poitrine tant l’émotion était forte. Lorsqu’elle commença à parler, je l’écoutais attentivement. Elle fixait le mur en face de nous et semblait éviter mon regard.

— Mon premier copain s’appelait Pierre.

« Il était de trois ans plus âgé que moi, j’avais alors seize ans lorsqu’il m’a dépucelée. Je croyais passer le reste de ma vie avec lui, il m’avait dit qu’il souhaitait un jour se marier et avoir des enfants, que j’étais la fille de ses rêves… Il ne m’a pas lâché pendant plusieurs semaines et j’ai cru qu’il disait vrai. Il m’a dit qu’il voulait me faire découvrir l’amour, le vrai, pas celui des livres que je lisais déjà à l’époque.

Tout en l’écoutant, je remarquais qu’elle se tendais contre moi. Comme si elle revivait son passé.

— Ça s’est passé lors d’une soirée chez un ami, il m’a emmené dans une chambre et a retiré ma culotte, sans même me toucher avant, il s’est enfoncé en moi.

« J’ai crié de douleur, mais il a mis la main sur ma bouche et m’a dit que c’était comme ça la première fois. Ses mouvements en moi me donnaient l’impression qu’il m’arrachait la chair. J’ai pleuré et il a terminé quelques minutes plus tard. Par chance, il n’a pas été long pour terminer son affaire. Et puis il a remis son pantalon, m’a reproché de l’avoir tâché de sang et il est parti de la chambre, me laissant pantelante sur le lit. J’avais mal et je ne parle pas seulement de ma douleur physique. En redescendant au salon, les regards des quelques jeunes autour de moi m’ont vite fait comprendre combien je m’étais trompé sur Pierre. Il m’a envoyé un bisou de la main avec un sourire horrible et un regard mauvais avant de s’intéresser de nouveau à son groupe d’amis.

— Putain Lou, quel enfoiré ! Je suis désolé que tu aies vécu ça. Je m’en veux de t’avoir mis la pression pour…

Je voyais qu’une larme perlait sur sa joue et me fit violence pour ne pas me lever. J’avais besoin de relâcher la pression qui s’emparait de moi. Un sentiment de culpabilité s’emparait de mon esprit.

— Tony, je n’ai pas terminé. C’est difficile pour moi et…

— Ok, je t’écoute.

Elle avait le regard perdu. Elle se replaça contre moi, tout en triturant quelques mèches de ses cheveux. Je respirais lentement et tâchais de calmer la colère qui était montée en moi. Je tenais à l’écouter avec attention.

— Je m’en suis remise.

« Ma tante était là pour moi, ma mère a bien vu que ça n’allait pas mais j’avais trop honte pour lui avouer. Elle et papa m’avaient pourtant bien répété des dizaines de fois que je ne devais pas me laisser avoir par les beaux-parleurs. Ma tante m’a rassuré et m’a dit que même si la première fois est importante, cela ne définissait pas toute ma sexualité. J’avais eu une malheureuse expérience, mais cela ne devait pas me faire perdre espoir. Alors j’ai relevé la tête et lorsque j’entendais des gars insinuer que j’étais une fille facile ou d’autres horreurs à mon sujet, je leur confiais que Pierre avait été mon plus mauvais coup. Sa réputation a été mise à mal, bien plus que la mienne et il a cessé de répandre des horreurs sur moi.

Je souris légèrement en voyant son air mauvais et vengeur. Elle avait su rebondir et j’étais fière d’elle.

— Vers l’âge de vingt ans, j’ai flirté avec un garçon qui s’appelait Kevin.

« On est sortis ensemble et il a su me redonner confiance. Suite à plusieurs semaines de « bisous-bisous », j’ai accepté de passer à l’acte. Ça s’est beaucoup mieux passé avec lui tu sais. Même si je ne comprenais pas vraiment l’engouement des femmes pour le sexe. Cela ne me semblait pas si génial. Il était doux mais… comment dire… Il m’embrassait, glissait sa main dans ma culotte, voyait que j’étais humide et retirait mon jeans ou mes collants. Il enfilait un préservatif, entrait en moi et après quelques mouvements, il terminait et se retirait sans un mot.

Louise fit une pause, comme pour jauger ma réaction. J’étais stupéfait mais n’osais pas l’interrompre de nouveau. Elle se mordilla les lèvres et poursuivit.

— J’ai tenté de lui demander de m’aider à ressentir plus de choses mais il me disait qu’il fallait que j’arrête de croire tous mes bouquins.

« Il me répétait que pour les femmes, c’est bien plus difficile d’avoir un orgasme. Que le mieux était de me laisser aller et de me détendre. Que ça viendrait avec le temps. Alors j’ai laissé le temps passer. Avec les mois, il ne me touchait plus vraiment, à vrai dire, ça ne me dérangeait pas puisque je n’aimais pas particulièrement ça. Jusqu’au jour où…

Un laissa échapper un sanglot et je la serrais davantage contre moi.

— Je l’ai surprise avec une de mes copines dans les toilettes.

« Il avait le pantalon baissé sur les pieds et elle était assise en équilibre sur le lavabo, la jupe relevée. Je n’ai pas oublié cette vision… Par la suite, j’ai compris qu’il me trompait presque depuis le début. Il m’a dit que si je n’avais pas été aussi frigide ça ne se serait pas passé comme ça, que tout ça… C’était de ma faute.

— Oh ma belle…

— Nous sommes restés ensemble pendant deux ans et, pas une fois, il ne m’a fait ressentir quoi que ce soit. Je ne suis pas normale Tony… je… j’ai un truc qui cloche en moi.

Elle se mit à pleurer en silence. J’essuyais ses larmes tandis qu’elles coulaient abondamment sur ses joues. Elle posa sa tête dans mon cou et ferma les yeux. Je la laissais se remettre un instant.

Elle n’avait jamais eu d’orgasme de sa vie. Elle n’avait pas connu de relation qui lui donne ne serait-ce qu’un peu de plaisir. Pas étonnant qu’elle se sente terrorisée à l’idée d’aller plus loin avec moi.

— Je suis touché que tu te confies à moi ma douce. Je comprends mieux tes peurs, même si je ne peux qu’imaginer ce que tu as pu ressentir toutes ces années. As-tu parlé à Tante Loyle de ton deuxième copain ?

— Non, j’avais honte. Elle sait juste qu’il me trompait mais ne sait pas que… qu’il ne me donnait rien. Je ne suis qu’une frigide !

— Bien sûr que non Lou, je suis sûr que non. Tu peux me croire. Ce sont ces mecs qui n’ont rien d’un homme. Ils ne méritaient pas de te toucher, de te voler ta virginité, ni de te manipuler. Je peux te le dire, les femmes peuvent tout à fait avoir des orgasmes et avoir beaucoup de plaisir. Je suis sûr que tu le sais au fond de toi. Tu n’es pas différente des autres sur ce point. Seulement, ces mecs n’y connaissaient rien et ils ont fait passer leur ignorance pour de l’expérience.

— Comment peux-tu en être sûr Tony ?

— Je le sais ma douce.

Je la pris dans mes bras et la soulevais pour la réinstallais sur mes jambes, le visage face au mien. Je pris ses joues entre les mains et l’embrassais doucement, langoureusement. Ma langue vint effleurer ses lèvres puis sa langue et je suçotais sa lèvre inférieure. Sentant sa chaleur corporelle grimper, je me détachais légèrement d’elle, collant mon front au sien.

— Que ressens-tu, lui demandais-je tout bas pour ne pas casser la magie qui opérait entre nous.

— Je… j’ai chaud et j’ai comme des palpitations dans le bas ventre.

— Tu es excitée ma belle. Tu ne pourrais pas ressentir ça si tu étais « frigide », comme ce mec t’a dit. Je te promets que tout va bien. Seulement, tu as besoin de douceur et de temps. Tu as le droit de choisir, ton corps t’appartient, aucun homme n’a de droit dessus.

Cette fois c’est elle qui m’embrassa mais je me retins de m’enflammer. Il était hors de question d’aller plus loin aujourd’hui. Pas maintenant qu’elle m’avait révélé son passé. Elle devait être maître de ses désirs le jour où elle me laisserait la toucher. Il n’était plus question de tenter quoi que ce soit sans être sûr qu’elle ne le regretterait pas par la suite. Je devais assurer ! Je laissais nos baisers se calmer et la serrais contre moi, lui caressant le dos et la nuque, fouillant dans ses cheveux, m’enivrant de son parfum.

Un moment plus tard, je lui proposais de dîner car je mourrais de faim. Nous nous régalâmes avec une omelette. Elle souriait de nouveau et je la découvris plus apaisée. Elle dormirait ici ce soir et je ne tenterai rien. Après une bonne douche, nous nous couchâmes dans mon lit. Il n’était que neuf heures du soir mais nous avions besoin d’être collés l’un à l’autre.

Elle portait mes vêtements et je la serrais contre moi. Je lui murmurais des mots doux, je lui disais tout ce que j’aimais en elle, de son corps et de sa façon d’être, de l’importance qu’elle avait dans ma vie, de sa beauté et de son odeur. Je l’embrassais, je la cajolais. Elle en avait tant manqué, jamais je ne pourrais combler ce que ces abrutis ont créé en elle. Je me faisais un devoir qu’elle ne doute pas de moi. Je ne voulais pas la décevoir car elle le méritait, pour tout le bonheur qu’elle m’apportait.

Samedi 13 janvier 2018

Louise

Je me réveillais comme sur un nuage dans les bras de Tony. Il ne m’avait pas lâché de la nuit, à croire qu’il craignait que je disparaisse s’il perdait contact avec moi. Il se réveilla à son tour et aussitôt son sourire m’émerveilla. Il était heureux de me voir et je l’étais aussi. Nous nous embrassâmes tendrement et restâmes un moment à nous regarder. Ses prunelles bleues claires glissaient sur chaque partie de mon visage. Le sourire aux lèvres, il semblait heureux.

Laissant mon esprit divaguer, je repensais à la soirée de la veille. Il avait été compréhensif, il prenait au sérieux mes peurs et comprenait l’importance de mes expériences désastreuses. Ses câlins et ses mots doux m’avaient rassuré. Je n’aurais pas imaginé qu’un homme puisse s’ouvrir autant et me donner tout ce qu’il m’offrait. Il était spécial et maintenant, il comprenait ma panique devant un quelconque acte sexuel.

— Et si nous y allions finalement ? lui demandai-je.

— Où ça ? demanda-t-il à moitié endormi.

— Et si nous allions passer le weekend loin d’ici ? Tu as raison, changer d’air me fera le plus grand bien.

— C’est vrai ? Tu en as vraiment envie ? dit-il en se réveillant complètement.

— Oui, enfin, si c’est toujours possible.

— Tu rigoles ! Laisse-moi juste passer quelques coups de fil et on passe chez toi pour récupérer tes affaires.

Il enfourna des vêtements dans son sac tandis que je me changeai dans la salle de bain. En sortant, il était prêt et me tendait la main pour que je le rejoigne. Nous passâmes par une boulangerie pour nous acheter des pains au chocolat et des croissants. Une fois chez moi, je courrais préparer un sac à dos. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre alors je choisis mes tenues préférées, confortables et à mon goût. J’ajoutais une tenue un peu plus habillée ainsi que ma nuisette et j’appelais ma tante en allant jusqu’à la salle de bain. Elle parut très heureuse et m’encouragea. Je la remerciais pour tout, promettant d’aller la voir dès mon retour en ville. En revenant à la voiture, Tony terminait une conversation au téléphone. Je m’installais sur le siège passager et il démarra.

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