Jeux de Confiance – Chap 11

Jeux de Confiance V2 Fb

Louise

Cette journée était agréable, je ne me souvenais pas d’avoir ressenti ça avant. À moins que ce ne soit le cocktail qui me montait à la tête. Je repensais à tante Loyle. Elle semblait souffrir de regrets et des conséquences de ses choix. Je n’avais soudainement plus envie de vivre en fonction de mes peurs. Je voulais choisir d’agir pour ce qui me semblait bon et juste, tout en veillant à ne rien regretter. Ainsi, je coupais la poire en eux. Je pouvais suivre Tony sans prendre trop de risques et il serait toujours temps de ralentir les choses si cela devenait trop difficile pour moi.

J’avais rejoué le fil de ma jeunesse, pensant que si j’avais fait autrement, je n’aurais peut-être pas souffert autant. Mais le sentiment de frayeur que j’avais couvé comme un cocon protecteur ne m’avait pas rendu si heureuse que je ne le pensais. Depuis Tony, tout était différent. Alors pourquoi pas suivre mon instinct ?

Nous venions de passer un moment fantastique au bowling, je n’avais pas autant ri depuis des années. Maintenant, il s’apprêtait à me faire découvrir un nouveau lieu où l’on irait danser et j’en apprendrais davantage sur lui. S’il voulait bien me parler de sa mère, peut-être arriverais-je à mieux le cerner. Ses confidences m’inquiétaient un peu mais je voulais savoir ce qui se tramait autour de cette femme.

Nous arrivâmes devant un parking peu rempli et il me tendit la main après m’avoir de nouveau ouvert la portière. J’aimais sa galanterie, j’étais vieux jeux, sans doute à cause de mes lectures romanesques. Le restaurant où il nous fit entrer semblait chic mais surtout très chaleureux. D’un autre âge, pensais-je en voyant les tentures rouges velours. Je ne savais pas trop où je mettais les pieds, mais la musique me plaisait. Cela ressemblait à du jazz classique.

La salle principale était entourée de tables aux banquettes rouges et une grande piste de danse en parquet usé prenant une grande place en son centre. Je ne savais pas qu’il existait encore des lieux comme celui-là. La réceptionniste nous dirigea vers une table faiblement éclairée. Seul un couple de la cinquantaine était installé. Ils nous regardèrent passer avant de continuer leur conversation. Tony semblait amusé par ma réaction. J’avais les yeux partout et je savais que mon étonnement se lisait sur mon visage.

— Tu aimes ? me demanda-t-il tout en s’asseyant face à moi

— Je ne sais pas encore, je suis très surprise, je ne pensais pas que tu appréciais ce genre d’endroit.

— Je te l’ai dit, mon père m’y emmenait quand j’étais jeune et j’en ai de bons souvenirs. Tu m’as dit aimer le vin blanc, ça te dit un verre ?

— Oui, avec plaisir.

Tony commanda une bouteille et le serveur leur présenta la carte. Nous ne savions pas trop quoi choisir alors nous suivîmes ses conseils. En regardant le menu, je m’aperçus que les prix étaient absents. Décidément, il s’agissait d’un restaurant d’une autre époque. Je portai mon choix sur un tartare, mon estomac étant encore rempli de la pizza de midi. Tony commanda un pavé de bœuf avec ses légumes. Lorsque le vin nous fut servi, nous trinquâmes. Après une gorgée, j’avais l’impression que le dîner était bien plus romantique que je ne l’avais imaginé.

— Très bien, je me lance.

— Je t’écoute, dis-je en lui souriant afin de l’encourager.

— Mon père m’a emmené ici deux fois. La première, j’étais adolescent, la deuxième lorsque j’avais vingt-cinq ans. C’est à ce moment qu’il m’a offert ma voiture et nous fêtions mon départ de la maison.

J’avais envie de commenter mais je le laissais poursuivre sans l’interrompre.

— Mon père aimait me raconter qu’il amenait ma mère ici, qu’ils discutaient et qu’ils dansaient toute la nuit. Enfin, jusqu’à onze heure, limite imposée par son père. Bref, mon vieux voulait m’enseigner l’art et la manière de « courtiser » et il m’a appris quelques pas de danse sur cette piste. J’étais rouge comme une pivoine à l’époque, mais je suis très heureux et fière aujourd’hui car ce sont des moments inoubliables.

— A-t-il fait la même chose avec ton frère ? Demandai-je profitant d’un moment de silence.

— Arthur ? Non, je ne sais pas pourquoi d’ailleurs. Je me serais bien marré de savoir qu’il avait eu à subir la même honte que moi. Enfin bref, je voulais te montrer cet endroit, il pourra sûrement t’inspirer des dîners romantiques pour ton roman, ajouta-il l’air faussement dragueur.

Il me fit un clin d’œil exagéré avant de prendre une grande gorgée de son vin, manquant de s’étouffer. Je riais en lui tendant un verre d’eau pour le soulager. Il semblait avoir trouvé là une excuse parfaite pour pratiquer les enseignements de son père adoré. Il se racla lourdement la gorge et reprit son souffle et sembla aller mieux. Nos plats arrivèrent et nous mangeâmes en silence, bercés par la musique qui se voulait plus entrainante, les violons et le piano prenant la tête.

— C’était délicieux ! Ça faisait si longtemps que je n’avais pas mangé de tartare.

— Je suis content que le repas te plaise.

Le serveur ne tarda pas à nous débarrasser et Tony nous resservit un verre. Ma tête me tournait mais il eut la sagesse de remplir à peine le mien. Nous bûmes et il sembla prêt à se jeter à l’eau.

— Tu sais, si je ne t’ai pas trop parlé de ma mère, c’est parce qu’elle ne vit plus avec mon paternel. Je ne l’ai que très peu connu, elle est partie quand j’avais neuf ans. Je n’aime pas trop en parler, ça remue de mauvais souvenirs mais j’ai envie que tu le saches.

— Elle est partie… je ne suis pas sûr de comprendre.

— Elle n’est pas décédée, enfin ça j’en sais rien. Simplement, elle a fait ses bagages et elle nous a abandonné, mon père, mon frère et moi. Arthur était trop petit pour se souvenir d’elle ni de cette période. Mais moi si, j’ai tout gardé en mémoire.

— Oh, Tony, je suis désolée d’apprendre ça.

— Oui, enfin, du coup, j’ai commencé à penser que les femmes n’étaient pas vraiment… dignes de confiance, je me doute que c’est un peu raccourci, mais avec les années, je me suis persuadé qu’il valait mieux ne pas s’attacher pour ne pas souffrir.

Il avait débité ses dernières paroles sans me regarder. Nous avions vécu des choses si différentes et pourtant, nous en étions venus à la même conclusion : nous ne pouvions pas donner notre confiance au sexe opposé. Je voyais la peine dans son regard, la plaie ne semblait pas totalement cicatrisée, tout comme pour moi.

Je fus soudain sous l’emprise d’une responsabilité immense. Pourquoi étais-je là ? Pourquoi me disait-il tout ça ? Avait-il changé sa manière de voir les choses pour moi ? Il ne pouvait pas. JE ne pouvais pas. J’en étais encore à me débattre avec mes propres peurs, j’étais incapable d’être celle qui pourrait le convaincre que l’amour est possible et que jamais je ne partirai. J’éprouvais déjà une envie irrépressible de prendre mes jambes à mon cou.

— Pourquoi as-tu l’air si apeuré tout à coup ? Je ne te demande rien, je n’attends rien de toi Lou. Je ne te dis pas tout ça pour… enfin, je voulais juste me confier à toi, pour que tu comprennes pourquoi jusque-là, j’ai agi de cette manière avec les femmes. Aujourd’hui, je sens seulement qu’il est temps d’avoir confiance en la vie. Cela ne t’engage à rien, toi. Je veux simplement que tu saches que je n’ai plus aucune envie de perdre mon temps avec ces filles qui ne m’apportent rien. Je voudrais passer du temps avec toi, apprendre à te connaître. Sans rien de plus Lou.

Je laissais le silence s’éterniser. Finalement, il se leva et s’approcha de moi. Je ne savais pas si je devais le repousser ou accepter son réconfort. Après-tout, il venait de se confier à moi et j’agissais comme une égoïste. J’avais pourtant envie de ses bras autour de moi, de ses mots rassurants et de sa chaleur. Je voulais le rassurer, lui dire que j’avais aussi envie de croire que nous deux, c’était possible. Mais j’étais trop perdue pour ça.

Lorsqu’il me tendit sa main, le regard rempli de tendresse, un léger sourire aux lèvres, je plaçai ma main dans la sienne. Il me souleva, accompagnant son geste de son autre bras qui vint se placer autour de ma taille. Il m’emmena au centre de la piste, me serra contre lui et nous commençâmes à tourner lentement. Il repoussa délicatement mes cheveux et vint placer son visage tout près de mon oreille, tandis qu’il me serrait doucement la taille. Ce contact fit monter en moi une vague de chaleur. Je n’avais plus envie de réfléchir. J’étais si bien entre ses bras que j’aurais voulu y rester des heures entières. Il entrouvrit la bouche et son souffle vint réchauffer ma nuque.

— J’apprécie particulièrement être avec toi Lou, me chuchota-t-il à l’oreille. Je n’attends rien de toi, juste que tu me fasses confiance.

— J’ai confiance, répondis-je sans même me laisser le temps de réfléchir.

Mes parents m’avaient pourtant rabâché de réfléchir avant de parler tout comme avant d’agir. Pourtant, aujourd’hui, je n’avais suivi aucun de leurs conseils et jamais je n’avais été aussi heureuse de ma vie.

— Très bien, alors laisse toi aller, je te guide.

Il prit ma main droite dans la sienne et d’une légère pression, me fit pivoter. De son autre main, il pressa ma taille comme pour m’indiquer dans quel sens nous allions. Je n’avais qu’à le suivre en suivant le tempo imposé par ses pieds et son épaule. Nous tournâmes ainsi quelques instants, la musique me donnant la sensation de virevolter sur un nuage.

— Laisse-moi te guider dans la vie Lou. Je ferais tout pour que tu n’aies plus de quoi t’inquiéter toi non plus.

Nos visages étaient si proches que son halène chaude caressait mon visage. Son parfum m’inonda et je fus incapable de penser.

— D’accord, répondis-je dans un souffle.

J’avais décidé de suivre mon instinct. Il me serra encore plus fort, me reprenant à deux mains. J’étais tellement proche de lui maintenant que je pouvais sentir son cœur battre à toute vitesse. Ou bien était-ce le mien…

Tony

Louise était là, la femme dont j’avais rêvé depuis des semaines. Je la tenais dans mes bras et son parfum m’enivrait. Nous étions arrivés devant chez elle après cette superbe journée et une soirée inoubliable. J’étais adossé à ma voiture et je la tenais contre moi, sa tête reposant sur mon torse.

Je ne savais pas de quoi demain serait fait, mais j’appréciais le moment plus qu’aucun autre depuis des années. J’avais envie de plus. Je passai ma main sous son menton et lui fit relever la tête avant de glisser mes doigts dans son cou et dans ses cheveux. Elle me regarda et ses lèvres furent terriblement attrayantes. Comment y résister ? Ce que je ne fis pas plus longtemps.

Je me penchai doucement vers elle, une main derrière sa tête et l’autre dans le bas de son dos. Nos lèvres s’effleurèrent et je déposai un léger baiser. Puis un autre. Elle était chaude contre moi, ses mains serraient ma taille et elle me rendait mes baisers. Je pressai un peu plus mes lèvres sur les siennes mais elle recula. Elle avait tendu ses bras pour se dégager et j’avais rouvert les yeux. Elle semblait perdue et apeurée. J’aurais voulu la rassurer, la reprendre dans mes bras, mais elle s’éloignait déjà. J’engageai un mouvement dans sa direction alors qu’elle se retournait pour me saluer de la main, un mince sourire aux lèvres que j’avais à peine effleuré.

— Merci pour cette journée Tony, à bientôt.

— Au revoir Lou, je t’appelle.

Je ne voulais pas la voir partir mais je me résolus à l’idée de passer les prochaines heures sans elle en remontant dans ma voiture. Après-tout, je ne m’étais pas imaginé partager autant de choses avec elle aujourd’hui. Et j’avais maintenant son numéro et le goût de sa bouche sur la mienne. Je savais où elle vivait, plus ou moins, ça ne pouvait pas se passer comme la dernière fois. Elle n’allait pas disparaitre sans rien laisser derrière elle.

Une fois chez moi, j’appelai mon frère pour lui dire. Je n’étais pas du genre à commérer, mais c’est grâce à lui que je l’avais retrouvé, alors je voulais l’en remercier. Il était fou de joie et il me raconta ses projets pour un weekend en amoureux avec sa copine. Une fois raccroché, je n’avais aucune envie de dormir.

J’étais surexcité mais éreinté. C’était la première fois que je passais autant de temps avec une femme que je désirais, sans la toucher ni même me soulager. D’ailleurs, ça faisait des semaines que je n’avais rien fait. J’allais exploser ! Je passais un peu de musique et m’installais dans mon fauteuil. J’écrivis un message à Lou, que j’envoyai sans trop me prendre la tête. J’attendais sa réponse tout en savourant le son sortant de mes enceintes.

Louise

À peine avais-je passé le pas de la porte que je m’affalais sur un de mes fauteuils. Quelle journée extraordinaire ! Je n’étais même pas repassée à la bibliothèque pour reprendre mes affaires. J’irais sûrement le lendemain. En attendant, j’allais me préparer un bain.

Tandis que je préparais la salle de bain, je me préparai une infusion et choisis un bon livre. Je venais de m’immerger dans l’eau chaude quand j’entendis mon téléphone sonner. Je l’avais laissé dans le salon en retirant à la va-vite mon manteau. Cela attendrait bien plus tard.

Je ressassais ma journée tout en jouant avec les bulles flottant à la surface de l’eau. Pour une fois depuis des années, je m’étais permise de profiter de l’instant. Et surtout, j’avais accepté de passer du temps avec un homme. J’eus un pincement au cœur en repensant à son baiser. Il avait été doux et agréable, à tel point que, durant quelques secondes, j’avais oublié mes peurs. Mais elles étaient rapidement réapparues et je n’avais rien fait pour les combattre. Je n’avais pas pu m’empêcher de rompre le lien qui se formait entre nous. Je refusais qu’il s’imagine obtenir si vite une intimité avec moi. J’avais besoin de temps. Il me fallait digérer tous ces nouveaux événements et mon envie de le revoir.

Tony

Je commençais à m’impatienter. J’avais espéré une réponse immédiate. Je montais le son de la musique et tentais de ne pas y penser, de chasser cette boule qui me restait dans la gorge. J’avais beau tout donner pour penser à autre chose, je la revoyais, la sentais près de moi, appréciais encore ses lèvres si douces sur les miennes. J’avais l’impression de réfléchir comme une femme. Je tenais sûrement ça de mon père, il était romantique avec ma mère lorsqu’elle était encore là. Pourquoi était-elle partie ? Le sommeil me happait, alors j’allai m’allonger, désespérant d’entendre mon téléphone sonner.

Louise

Je restais un long moment à barboter dans l’eau avant de décider d’en sortir. J’enfilais mon pyjama en coton épais et de grosses chaussettes. J’étais sur le point de rejoindre mon lit quand je me souvins de la notification reçue un peu plus tôt. Je me laissai tomber dans mon fauteuil en voyant qu’il s’agissait d’un message de Tony.

« Merci pour cette journée Lou. Je passe te chercher demain à onze heures. Je t’embrasse ma belle. »

Je le relus plusieurs fois avant de répondre.

« Je serais prête ».

 

Puis, je sautillais tout en allant rejoindre ma chambre, le cœur battant à tout rompre. Je savais que ce n’était rien, peut-être qu’une histoire qui prendrait fin rapidement, mais j’étais heureuse. Pourquoi ne pas savourer le moment présent ? Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie si vivante. Comme si ces derniers mois n’avaient été qu’un long voyage brumeux dont Tony commençait à me sortir. Le sommeil m’emporta alors que je tenais toujours mon portable à la main.

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