Jeux de Confiance – Chap 10

Jeux de Confiance V2 Fb

Tony

Elle était là, dans mes bras. Elle m’avait accordé sa confiance et malgré tout ce que je venais de lui dire, je n’étais pas sûr de la mériter. Je savourais cet instant, son corps blotti contre le mien. J’aurais voulu l’embrasser, mais je savais que ce n’était pas le moment. C’était bien trop tôt et cela anéantirait tout ce que j’avais réussi jusque-là. Pourtant, tout mon corps m’envoyait des signaux de désir. Son parfum et ses mains posées sur moi me faisaient un effet incroyable. Peut-être était-ce de la savoir si proche et en même temps si inaccessible ?

Mon pénis se gorgait de sang sous l’effet de l’excitation que je ne pouvais pas m’empêcher de ressentir pour elle. Je devais changer de position où elle s’en apercevrait bientôt. Je ne savais pas comment elle pourrait réagir, ni même si elle avait déjà connu intimement un homme. C’était flou, j’avais besoin de comprendre pour savoir comment me comporter. À regret, je me détachais d’elle.

— Tu as faim ?

— Maintenant que tu le dis, oui, un peu.

— Ça te dit une pizza ?

— Pourquoi pas.

— Allons-y alors.

Arrivés à la voiture, je retirais mon bras de son dos pour lui ouvrir la portière. Elle s’y installa avec légèreté et j’allais me mettre au volant. J’engageais de nouveau la conversation sur sa tante et l’ambiance se détendit. Elle me décrivit sa maison et les souvenirs d’enfance qu’elle y avait vécu. Elle racontait si bien que j’aimais l’écouter. Je visualisais chaque pièce et chaque moment. À tel point que je faillis rater le restaurant dans lequel je voulais m’arrêter.

Nous poursuivîmes la discussion tout en attendant notre commande à une table en coin. J’étais assis à côté d’elle mais je n’osais pas la toucher. Lorsque nos pizzas arrivèrent, elle me questionna un peu plus sur mon frère. Je lui racontais qu’il s’était trouvé une petite amie et elle m’écouta tout en mangeant sa pizza au couteau et à la fourchette. Je l’imitais après avoir de nouveau eu la sensation d’être dans une scène de la belle et la bête. Mais je m’étais déjà étalé de la pizza sur les mains et elle ria doucement en comprenant mon malaise. Je sentis mon cœur tressaillir en entendant son doux rire. Nous continuâmes de discuter, elle me parla de ses parents, mais surtout de sa mère. Son père paraissait absent de sa vie, il faudrait que je revienne sur le sujet un peu plus tard. Je décidais de me lancer.

— L’autre jour, tu m’as dit que tu n’avais pas de copain… et je me demandais… Tu as déjà eu des relations longues ?

Je la vis brusquement rougir et cela me fit craquer encore plus pour elle. Jusqu’à ce qu’un voile de tristesse et de peine couvre son visage. Tout son corps sembla se recroqueviller à la simple pensée de ce ou de ces hommes.

— Hey, excuse-moi. Je ne voulais pas te mettre mal à l’aise.

— Ça ne fait rien, je ne veux pas en parler, voilà tout.

— Ok, on sort d’ici ?

— Pour aller où ?

À sa réponse, je sus qu’elle n’était pas encore décidée à rentrer chez elle ou à retourner à la bibliothèque. Je réfléchis à toute vitesse.

— Tu as déjà fait du bowling ?

— Non, mais je connais le principe.

— Super, alors tu vas voir, là-bas aussi, tu auras de quoi noter dans ton petit bloc !

Je réglais la note et je passais ma main dans le dos de Lou pour l’accompagner à la voiture. Elle me posa des tas de questions sur la façon de jouer. Elle me demanda quand j’y étais allé la première fois et ce que j’aimais dans ce jeu. Je crus qu’elle n’allait jamais arrêter son interrogatoire. Une fois chaussés, nous nous installâmes sur la piste qui nous avait été attribuée. Je fis mon premier lancer et je lui expliquais les bases. J’étais plutôt bon à ce jeu. Avec les potes, on adorait passer nos soirées ici quand on ne voulait pas brancher les meufs. Parfois, l’un de nous rentrait avec un numéro de téléphone, mais en général c’était une soirée entre mecs.

En m’approchant d’elle pour lui expliquer la manœuvre, je me rendis compte que ce moment pouvait prêter à confusion. Je devais me placer près d’elle pour accompagner son mouvement. Je craignis qu’elle s’imagine que j’avais prévu cette activité pour en abuser. Alors je fis le geste le plus rapidement possible et m’éloignais d’elle. La boule alla directement dans les gouttières. Je la laissais tranquille pour le second et la boule ne tomba dans la gouttière qu’à la fin de la piste. Je lui laissais jouer mon tour. Elle devait pratiquer pour réussir et pouvoir s’amuser.

Elle suivait mes indications et mes conseils, mais je soupçonnais que quelque chose n’allait pas. Elle avait pris confiance et ses mouvements étaient bons, pourtant la boule volait et claquait violemment sur le parquet dans un bruit étourdissant. Comme si elle donnait trop de force. Ou comme si la boule était trop légère ! Je lui tendis alors une autre boule, qui me semblait pourtant bien trop lourde pour un petit bout de femme comme elle. Jusqu’à ce que l’objet aille directement percuter les quilles et que je cris « strike » en sautillant vers elle. Elle se jeta dans mes bras et je nous fis tourner sur nous-même.

— J’ai réussi ! C’était quoi cette boule ? Elle est truquée ?

— Non, simplement plus lourde. Tu es bien plus costaud que je ne le pensais.

Ses joues s’étaient rosies, elle était incroyablement belle, le visage épanoui. Les tours suivants, je jouais de nouveau et nous commençâmes à nous amuser de plus en plus. Elle se débrouillait plutôt bien, même si elle réussissait peu de strike. Alors que nous faisions une pause pour siroter nos colas, je lui demandais.

— Tu es sacrément musclée. Tu fais du sport, je me trompe ?

À mon étonnement, elle se tourna vers la piste, faisant comme si elle n’avait pas entendu ma remarque. Alors que je touchais son bras, elle me regarda comme si je m’étais aventuré sur un territoire interdit.

— Tu en fais, c’est ça ? Quoi comme style ? Dit moi Lou !

Je n’avais pas retiré ma main, voyant un air joueur apparaitre tandis qu’elle continuait de siroter son verre à la paille.

— Dit le moi, où je pars à l’investigation de ton corps pour découvrir chaque partie musclée et savoir si…

— Oui, tu as gagné, je vais à la salle de musculation, répondit-elle faussement agacée.

— Quoi ? J’avais cru comprendre que tu sortais très peu de chez toi.

— L’école du quartier où j’ai grandi a une petite salle de sport avec des équipements de musculation. Ma tante est professeur à mi-temps là-bas, alors elle a réussi à avoir les clés. Elle en a fait des doubles et me les a donnés. Ne me regarde pas comme ça, j’étais incapable d’aller dans une salle et de croiser des hommes qui me… je ne voulais pas, c’est tout. Alors ma tante m’a aidé en prenant ce risque et je pouvais y aller le soir quand tout le monde était parti.

— Tu aimes ça ? Pourquoi as-tu commencé d’ailleurs ?

— Je voulais être plus forte, pour pouvoir me défendre. Mais comme tu as pu le voir l’autre soir, mes efforts n’ont servis à rien. Pourtant j’aimais ça.

— Pourquoi parles-tu au passé. Tu n’en fais plus ?

— Non, pas depuis notre rencontre. Je… j’ai compris que c’était inutile et puis, j’étais passionnée par mon roman alors j’ai laissé tomber.

Cette femme était tout bonnement incroyable. Je tâtais son bras et elle le gonfla avec un air moqueur. J’étais surpris de sa force car elle me semblait menue et fragile.

— Hey, mais tu es vraiment musclée ! Je suis sûr que ça te servira. Tu devrais simplement compléter ta musculation par un sport de contact, des cours de selfs défenses par exemple. Tu te sentirais plus rassurée.

— Pfff… Je ne préfère pas, les professeurs de ces cours ne se sont jamais battus et ne sortent que des théories. Ou alors ce sont les premiers qui en profiterons pour me tripoter ou m’agresser.

— Tu es décidément peine d’idées reçues, surtout sur les hommes. Enfin, je ne te forcerai pas. Je suis simplement étonné que tu aimes ça. Comme tu peux le voir, j’adore ça.

— Tu y passes combien de temps, dit-elle en rejoignant la piste pour commencer la nouvelle partie.

— Je ne sais pas trop. J’essaie d’y aller trois fois par semaine, j’y reste deux heures environ.

Elle lança sa boule avec force et celle-ci alla percuter presque la totalité des quilles. Elle me lança une moue de déception trop mignonne et récupéra une seconde boule.

— Ça fait longtemps que tu as commencé ?

— J’étais majeur, dix-huit ou dix-neuf ans peut-être. Je bossais déjà pour mon père alors je pouvais me payer mon abonnement.

La boule percuta la quille restante et Lou sauta de joie. Je la félicitais et allais jouer à mon tour. La discussion était maintenant tournée vers la musculation. Je n’aurais pas cru possible de parler de ce sujet avec elle. Elle semblait très curieuse, elle voulait en savoir plus sur le fonctionnement des muscles et du corps, sur les exercices pour se galber et sur les séries que je pouvais lui recommander.

J’adorais parler de ce sport et la voir autant en demande me rendit fou de joie. J’avais du mal à me concentrer sur mon jeu et Lou était à deux doigts de me dépasser. Je devais me ressaisir, pour mon honneur. Je ne suis pas macho mais quand même ! Je finis la partie avec un triple strike et terminais vainqueur. Nous rîmes ensemble à se taquiner comme deux adolescents, avant de rejoindre le bar.

Je commandais deux bières au serveur. Elle me regarda interloquée et je m’aperçus que je ne savais même pas si elle buvait de l’alcool.

— Faut bien que tu goûtes un jour.

— Mais j’ai déjà goûté, « môssieur ».

— Et ?

— Je ne me souviens plus trop du goût. Ça ne m’a pas trop marqué à vrai dire.

Le barman posa nos verres sur le bar et je fis glisser l’un d’eux devant Lou.

— À nous, fis-je en levant mon verre.

— À ta défaite à la prochaine partie !

— Quelle chipie !

Nous bûmes une gorgée et j’observais son visage grimaçant. J’éclatais de rire et elle me tira la langue.

— Alors ?

— Je pourrais m’y habituer…

— Ah !

— Dans un siècle peut-être ! C’est trop amer, gloussa-t-elle.

— Ah oui, j’avoue que je ne t’ai pas facilité les choses. La prochaine fois, je t’en offre une plus douce, plus sucrée et beaucoup moins amère.

— Ok ! Pour ce soir, je peux peut-être avoir autre chose ? Je ne pense pas que ça te posera problème de boire la mienne.

— Que de préjugés ! Fis-je une moue vexée au visage.

Elle rit et nous passâmes un bon moment ensemble. Je n’avais besoin de rien de plus, ni de personne d’autre. C’est comme si, à elle seule, elle comblait tous mes besoins. Elle se délecta d’un cocktail ultra sucré et coloré. Nous regardâmes les gens autour de nous et elle prit quelques notes comme je m’y attendais.

Il y avait deux couples qui jouaient sur une allée, une famille sur une autre et un groupe d’adolescents dont on pouvait visiblement distinguer que deux garçons se disputaient les faveurs de la même fille. Je regardais Lou dévisager ces personnes et noter quelques mots à toute vitesse. Elle souriait, fronçait les sourcils, se mordait les lèvres. Comme si elle ressentait chaque émotion qu’elle tentait de discerner. Elle était adorable.

Elle réclama une troisième partie. Elle passa son temps à éternuer bruyamment ou pousser de drôles de cris et imita des bruits d’animaux tandis que je m’apprêtais à lancer la boule. Elle semblait s’amuser comme une folle à ce petit jeu.

En fin de partie, elle s’approcha de moi au point qu’une chaleur m’envahit. Elle me toucha le bras gauche et me glissa : « les séances de sport ont payé on dirait », ce qui me fit rater mon dernier lancer. Elle éclata de son rire jovial et je ne pus m’empêcher de l’accompagner dans cet élan de joie malgré le mauvais tour qu’elle venait de me jouer.

Suite à ça, je ne fus pas prêt à la laisser gagner sans jouer moi aussi. Alors, quand elle se plaça pour son dernier coup, je m’approchai doucement d’elle. Son souffle s’accéléra. La dépassant d’une bonne tête, je me penchai et effleurai sa taille de la main sans la toucher réellement puis murmurais : « on dirait que MES séances de sport TE font de l’effet ». Je fis exprès de parler tout près de son oreille et d’accentuer certains mots, mes lèvres chatouillant sa peau. Elle rata complètement son tir et se retourna vers moi furieuse, avant d’éclater de nouveau de rire en me tombant dans les bras.

Je me demandais si ce verre n’avait pas était trop alcoolisé pour elle mais j’oubliais cette inquiétude en savourant de nouveau ce moment de proximité. Je la serrais contre moi, glissant mes mains dans son dos que je sentis ferme sous mes doigts. Je baissais la tête près de son visage qu’elle avait relevé vers moi. Nous étions si proches que j’aurais pu l’embrasser. Pourtant, le moment n’était pas encore venu et je le savais parfaitement. Alors je déposais mes lèvres sur son front et, de nouveau, tout mon corps réagit à cette proximité.

Nous continuâmes à nous taquiner tandis que nous rendions les chaussures et nous approchions de la sortie. Elle se vantait d’avoir réussi à me déconcentrer et moi je feintais qu’elle n’avait aucun effet sur moi. La nuit était tombée lorsque nous sortîmes du bâtiment bruyant. Une fois assis dans la voiture, je réalisais que j’en voulais toujours plus, mais je ne voulais pas la forcer.

— Souhaites-tu rentrer chez toi ? Ou bien, serais-tu prête à découvrir mes talents de danseur ce soir ?

— Je n’aime pas les discothèques et il n’est pas question…

— Non, il ne s’agit pas de ça. Je voudrais t’emmener dans un lieu que mon père m’a montré étant plus jeune. Il y emmenait ma mère et j’aimerais te le faire découvrir.

— Tu ne m’as presque pas parlé de ta mère.

— Je t’en parlerai là-bas si tu veux bien.

— Entendu. Allons-y. Mais attends, je n’ai peut-être pas la tenue appropriée !

— C’est très bien, je t’assure, tu es parfaite Lou.

Elle rosit en entendant mon compliment. Elle était tellement jolie et cette tenue, qu’elle voulait fade, ne faisait qu’épouser parfaitement ses formes. Sur d’autres femmes, on ne voyait que les vêtements, les bijoux, le maquillage et les accessoires. Mais Lou, on ne voyait qu’elle, rien d’autre importait. Son corps parfait et sa peau de pêche, ses cheveux dorés et indomptables, ses yeux verts et sa bouche pleine étaient ses accessoires de beauté. Et voilà que je bande de nouveau ! Je me concentrais sur la route et me forçais à penser à autre chose.

Je lui demandais quels étaient ses goûts en alcool, pour savoir ce qu’elle avait déjà testé et ce qu’elle aimait. Elle semblait avoir vécu malgré ce que je pensais. C’est comme si tout s’était arrêté d’un seul coup, je ne savais, ni quand, ni pourquoi et je crevais d’envie de le découvrir. Je savais qu’elle ne se confierait pas si je ne le faisais pas moi-même. Elle avait besoin de savoir pourquoi je m’étais comporté ainsi avant de la connaître, ensuite, elle aurait sûrement davantage confiance en moi.

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