Jeux de Confiance – Chap 9

Jeux de Confiance V2 Fb

Louise

Nous étions en route et je ne savais pas où nous nous rendions. Mon cœur battait à tout rompre. Je ne parvenais pas à me calmer. Je tentais de paraître détendue mais c’était tout le contraire, je parlais beaucoup trop pour combler mon malaise. J’avais peur. Qu’est-ce que je faisais dans la voiture de ce coureur de jupons ? Il semblait si doux et prévenant que j’avais envie de le croire. Pourtant, une part de moi restait persuadée qu’il allait me briser le cœur si je lui permettais de s’en approcher de trop près.

Je devais bien avouer que lorsque je l’avais vu à la bibliothèque, j’avais été heureuse. Il était sexy, simplement en jeans et tee-shirt blanc. Son sourire m’avait fait vibrer de tout mon être. Jamais je n’aurais imaginé qu’il puisse me chercher et encore moins me retrouver. Je manquais clairement d’affection, et avoir été dans ses bras me l’a rappelé d’une douce manière. Mais surtout, j’ai réalisé combien je me sentais bien avec lui. J’avais envie de me laisser aller contre ses pectoraux pendant des heures. Si j’étais ici, c’est parce que j’avais besoin de son attention.

En y pensant, l’image qu’il dégageait était différente de ce qu’il était en réalité. Sachant qu’il sortait et qu’il aimait coucher avec des inconnues tous les weekends, je ne pouvais pas croire qu’il s’intéressait à moi. Même son investissement dans l’entreprise de son père me surprenait. Il s’inquiétait de le décevoir et de ne pas être à la hauteur alors il donnait tout ce qu’il avait pour réussir.

Le fils de mes pensées stoppa lorsque nous arrivâmes près d’un parking entouré d’arbres. Il se gara soigneusement au milieu de deux places libres et me regarda l’air provocateur.

— Quoi ? Je ne veux pas que quelqu’un me la raye parce qu’il ne sait pas se garer !

Je lui lançais un regard faussement dépité avant de chercher autour de moi un détail qui m’indiquerait où nous nous trouvions. Alors que j’atteignais la poignée de la portière, celle-ci s’ouvrit. Il me tendit sa main épaisse afin de m’aider à sortir de l’habitacle. Ce contact m’était si agréable et si chaleureux qu’il me mit de nouveau des doutes concernant l’influence de mes hormones sur ma raison. Je resserrais mon manteau autour de mon cou alors qu’un léger vent soufflait, me faisant frissonner.

— Tu à froid ?

— Un peu.

Il sembla hésiter un instant, puis s’approcha de moi, plaça une main autour de ma taille et me serra contre lui. J’avais l’impression de n’être qu’une petite chose auprès de cet homme à la musculature avantageuse.

— Simplement pour ne pas que tu prennes froid, glissa-t-il innocemment, un grand sourire aux lèvres.

Il nous dirigea vers un chemin qui nous mena à un parc. J’avais entendu parler de ce lieu, mais je n’y étais jamais allée. Mon père me répétait sans cesse que c’était un « coin dangereux rempli de violeurs et de drogués ». En voyant les mamans avec leurs poucettes et les joggeurs, je fus certaine qu’il s’était joué de ma naïveté et s’était lui-même persuadé de ses préjugés, comme d’habitude.

Nous marchâmes sans un mot. Je savourais la sensation du bras de Tony autour de moi et la chaleur de son corps. Nous nous assîmes sur un banc, face à une grande étendue d’herbe où de nombreux groupes se détendaient. Certaines lisaient, d’autres grignotaient en discutant joyeusement et des couples étaient en pleine sieste dans les bras l’un de l’autre. J’entendis un son de guitare et des chants au loin mais je ne voyais pas d’où cela venait.

J’avais devant moi des scènes de vie à n’en plus finir. Je pouvais imaginer leurs discussions, les raisons de leur présence et ce qu’ils prévoyaient pour le reste de leur journée. Il y avait des adolescents, des jeunes adultes ainsi que des personnes âgées accompagnées d’enfants. Je cherchais dans mon sac un bloc-notes afin d’inscrire les idées qui me venaient. Je sentis le regard de Tony, mais j’avais besoin d’écrire avant que cela ne m’échappe.

Je me forçai à ranger mes affaires pour profiter de l’instant. C’était un moment rare dans ma vie. Je tournai mon regard vers lui et rencontrai tout de suite ses yeux.

— Tu as l’air très inspiré. Cet endroit te plaît ?

— Oui, beaucoup. Tu avais raison, ce sont des scènes de vie qui me serviront pour mes histoires.

— Je ne sais pas si je devrais te le dire mais… tu sais que toi aussi tu peux en vivre. Tu es justement l’une d’entre elles en ce moment même.

— Je ne suis que spectatrice de ce monde et cela me convient parfaitement.

— En es-tu sûr ?

— Oui. Je ne crois pas que tout ça soit pour moi.

— Qu’est-ce qui te fais dire ça ?

— C’est ce que je pense, voilà tout.

Il était hors de question qu’il en sache plus. Par la suite, il utilisera ce que je lui ai raconté contre moi.

— Tu as l’air sûr de toi, pourtant, je suis là moi, assis près de toi, sur ce banc, dans ce parc. Regarde cette fille là-bas, celle qui lit. Peut-être nous a-t-elle regardé et t’a envié pour être en ma compagnie ! Son regard était plein de malice.

— Je… peu importe. Je n’ai pas à justifier, j’aime ma vie telle qu’elle est.

— Étais-tu déjà venue ici avant ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Mon père pensait qu’il s’agissait du refuge des personnes les plus dangereuses de la ville. Ton quartier aussi d’ailleurs.

— En effet, je suis le pire des spécimens que tu aies pu rencontrer, dit-il plein d’ironie.

Je frissonnais en repensant à l’agresseur duquel il m’avait sauvé. Il dut y repenser aussi car il glissa son bras autour de mes épaules.

— Bon ok, il y a des brutes, mais il n’y a pas que ça. N’aimerais-tu pas voir de nouveaux lieux, accomplir de nouvelles choses et découvrir ce que tu n’as jamais vécu ?

Ne me voyant pas répondre, il poursuivit.

— Tu n’aimerais pas passer plus de temps avec moi ?

— Je ne sais pas Tony. À quoi cela peut-il bien servir ?

— Et bien… Dans un premier temps, ça peut te donner des inspirations nouvelles. Et puis, je serais là pour te protéger des dangers de ces endroits infestés de malotrus ! se moqua-t-il gentiment.

— Et dans un second temps ?

— Nous passons de bons moments ensemble, c’est aussi une bonne raison, tu ne crois pas ? Son sourire en coin provoqua en moi une légère vague de chaleur.

— Ce n’est pas la question, car de toute manière, TU es le danger duquel je dois me protéger.

— Moi ? Il s’était complètement tourné vers moi et avait retiré son bras de mes épaules.

— Bien sûr.

— Je pensais t’avoir montré que tu ne risquais rien avec moi. Que tu n’avais pas à avoir peur. Je ne te ferais pas de mal Lou.

— Peut-être pas comme d’autres sales types, peut-être pas aujourd’hui, mais cela arrivera.

— Qu’est-ce que tu veux dire Lou, je ne comprends pas.

Mon cœur battait à toute vitesse, je ne voulais pas lui dire, il n’avait pas à savoir.

— Tu ne peux pas comprendre et je ne cherche pas à t’expliquer. Simplement… tu es exactement le genre d’homme qui me… qui me fera souffrir à un moment où à un autre. Je devrais y aller.

J’avais tellement peur, je craignais de souffrir, encore. Pourquoi avais-je accepté de le suivre jusqu’ici ? Quelle idiote !

 — Lou, je ne suis pas comme ce où ces hommes qui ont pu te blesser par le passé. Je ne connais presque rien de ta vie, mais je te promets que je ne ferais rien qui te fera regretter d’avoir passé du temps avec moi. Regarde-moi Lou. Il passa ses mains en coupe autour de mon visage, sans le serrer, simplement l’effleurer. Je suis différent, je ne suis pas celui que tu as cru voir lorsque tu t’es réveillé sur mon lit. Depuis quand es-tu coupé du monde ma belle, depuis quand as-tu arrêté de vivre pour ne vivre qu’à travers tes livres ?

— Je… tu as tort, je vis… je sors, je vais voir mes parents et ma tante et….

— Et quoi d’autre ? me demanda-t-il sur un air de défi.

— Je me protège, il vaut mieux rêver que de souffrir, lâchai-je.

— Si jeune, si belle et si entêtée à gâcher sa vie. Souhaites tu passer le reste de tes jours à regretter les choses que tu n’as pas vécu ?

Je rougis mais ses mots raisonnaient en moi. Tante Loyle m’avait parlé de la souffrance liée aux regrets et je connaissais moi-même la peine qu’ils provoquaient. Au fond, il avait peut-être raison. Mais ces dernières années, je m’étais éloignée de tous ceux qui auraient pu me le dire. Mon cœur se serra, je sentis la tristesse me happer et je n’en voulais pas.

— J’ai peur de souffrir. C’est simple non ? N’ai-je donc pas le droit de faire ce choix pour ma propre vie ?

— Parce que tu penses que tu ne souffriras pas en choisissant cette vie-là ? Un jour, tu te réveilleras seule, sans personne pour te prendre dans les bras, pour… Enfin Lou. Tu es une femme extraordinaire, ça me tue que tu ne puisses pas le voir et que tu ne vives pas une vie à la hauteur de ce que tu mérites.

Je restais sans voix, je ne bougeais pas. Toutes mes résolutions étaient sur le point de s’effondrer. J’avais du mal à discerner le vrai du faux. J’étais sûr d’avoir fait le bon choix. Le prochain qui me toucherait, à qui je donnerais accès à mon cœur et à mon corps, ce serait le bon et il devrait se battre pour m’avoir. Et… et si c’était Tony ? Non, pas un homme comme lui. Ça ne pouvait pas être lui.

— Ne me juge pas à ce que tu crois savoir de moi, ajouta-t-il. J’ai fait des choix dans ma vie sans savoir que je pouvais me permettre de vivre autrement.

— J’ai peur Tony, tu devrais me laisser.

— Sais-tu pourquoi je vis ainsi ? Pourquoi je n’ai pas de relations longues ? Nous avons tous des peurs, mais je crois que toi et moi, nous pouvons apprendre à reprendre confiance et à lutter contre ce qui nous ronge.

— Comment ?

— Je ne te demande pas de t’engager ou… d’aller à l’encontre de ta volonté. Simplement, laisse-toi le droit de vivre ce dont tu as envie Lou. Je serais là pour te rattraper si tu tombes.

— Et si c’est toi qui me fait… chuter.

— Je ne me le pardonnerais pas. Pas après avoir tenu ce genre de discours.

— Je ne sais pas Tony.

— Alors, simplement, vis. Autorise-toi à faire quelques pas avec moi. Je veux te tenir la main et te montrer ce qu’il y a en dehors des livres.

Tout en me disant cela, il prit ma main. Je voulus la retirer mais ses yeux s’emparèrent de moi par leur étincelle de sincérité. Il approcha ma main de ses lèvres et y déposa un baiser. Il resta un moment ainsi, ses lèvres contre ma peau fraîche. Sa chaleur m’envahit, mon cœur tressauta et j’eus la sensation qu’un énorme poids s’en allait. J’avais envie d’être réconfortée, de me blottir dans ses bras protecteurs et de me laisser aller. Je vacillais sur le banc, j’avais le tournis, j’étais perdue et toutes ses paroles tourbillonnaient en moi.

— Lou, tu n’as pas besoin de baisser toutes les barrières. Laisse-moi simplement te guider. J’irais à ton rythme, il n’est pas question de te braquer. Si tu n’as pas envie de quelque chose, alors il te suffit de me le dire ou de me le laisser sentir. Je ne t’obligerai à rien.

— D’accord.

— D’accord ? D’accord pour quoi ? souffla-t-il le visage plein d’espoir.

— Je veux bien t’accorder ma confiance.

— Et je ne te décevrai pas.

Je le regardais, c’était un inconnu, je n’avais passé que quelques heures avec lui en à peine plus d’un mois. Pourtant, j’avais envie de lui faire confiance. Tout au moins, j’avais envie de partager des moments avec lui, de me laisser guider là où je ne saurais peut-être pas me protéger. Je ne voulais pas regretter et rien ne m’obligeait à aller plus loin, je pouvais lui dire non si toute cette histoire dépassait mes limites.

Il passa de nouveau son bras autour de moi et me serra contre lui. C’était une invitation, à moi de choisir si je l’acceptais ou non. Alors je fis ce dont j’avais envie. Je blottis la tête contre son épaule. Il enroula son autre bras autour de moi et posa sa main sur ma nuque, qu’il caressa doucement.

Nous restâmes ainsi plusieurs minutes, profitant de ce moment d’apaisement suite à l’échange vif que nous venions d’avoir. J’aimais me sentir tout contre lui. Mes ex petits-copains ne m’avaient jamais offert un moment aussi doux. J’avais imaginé ces instants pour mes personnages une quantité incroyable de fois, mais je n’aurais pas pu imaginer le bien être que cela pouvait réellement procurer. Cette fois, c’est lui qui rompit notre étreinte sans pour autant s’éloigner de moi.

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