Jeux de Confiance – Chap 8

Jeux de Confiance V2 Fb

Mercredi 29 novembre 2017

Louise

J’étais en pleine écriture de mon manuscrit. Tout se déroulait très bien pourtant, un détail me chagrinait dans l’évolution de mon personnage. Je décidais de prendre une pause en allant me préparer un thé. Assise dans mon fauteuil, je réfléchissais à la tournure que prenait mon récit. Mon regard se posa alors sur le carnet dans lequel j’avais inscrit les traits de caractère de Tony et sa description physique.

Alors que je relisais mes notes, je vis le petit morceau de papier tomber. Je le ramassais, prête à le replacer entre les pages quand je m’aperçus qu’il n’y avait pas que des numéros inscrits. Je le dépliais et commençais à lire la phrase écrite par Tony il y a environ un mois et demi : « Tu peux avoir confiance en moi ».

C´était court pourtant ces quelques mots me bouleversèrent. Ils semblaient me prouver qu’il était sincère et qu’il avait compris ma peur. S’était-il vraiment passé quelque chose entre lui et moi ? Je sautais sur mon téléphone, prête à lui écrire un message.

Que pouvais-je écrire à cet homme que j’avais ignoré aussi longtemps ? Il pensait peut-être ces mots lorsqu’il les avait écrits, mais aujourd’hui. Qu’en était-il ? Je me trouvais insignifiante et idiote d’avoir attendu si longtemps avant d’avoir regardé ce bout de papier. Si je l’avais lu avant, peut-être l’aurais-je revu… Non, je devais me ressaisir. Ce ne sont que des espoirs de fillette. Il ne pouvait rien se passer entre nous. Aucun regret à avoir. Pas de regrets…

Je commençais à entrevoir la souffrance dont me parlait tante Loyle. Mon cœur se serra. J’avais trop attendu. Je ne saurai jamais si quelque chose aurait pu être possible avec lui. Je vivrai sûrement avec cette question et ces remords. Il était trop tard.

Samedi 2 décembre 2017

Tony

Cette semaine était de plus en plus éprouvante. Chaque jour, je passais à la bibliothèque en sortant du boulot. Hier soir, j’y étais même allé deux fois dans l’espoir de la voir. Mais rien, elle n’y était pas. Alors ce matin, en me réveillant, j’avais un nœud dans le ventre en pensant à elle. Je voulais retenter ma chance ce matin et cet après-midi aussi s’il le fallait. Je me trouvais ridicule d’effectuer ces allers-retours, entrer, la chercher et ressortir les mains vides. Pourtant, c’était le seul moyen qu’il me restait de la revoir. Ce n’était pas grand-chose finalement, je pouvais bien m’adonner à cette lubie pour elle.

Cette fois, je ne pris pas ma voiture, j’avais envie de profiter de cette fraîche journée ensoleillée. Tout en marchant, je laissais divaguer mes pensées sur ce que je ferai en rentrant chez moi. J’allais sûrement jouer à la console et regarder une série dont m’avait parlé un de mes potes.

En arrivant devant l’immense porte en bois, je la franchis sans y penser. J’entrais dans la bibliothèque et commençais mon tour habituel. Je cherchais ces boucles dorées, ce sourire angélique, ces yeux verts qui m’avaient chamboulé. Je passais chaque allée au radar, m’arrêtant lorsque je voyais une personne plongée dans ses livres, les yeux naviguant sur chaque lecteur.

Un mouvement dans les étages attira mon regard, c’était elle ! Enfin, je crois. Je l’avais vu passer et disparaitre derrière une étagère. Je pressais le pas afin de rejoindre la mezzanine et arrivais là où elle se trouvait il y a une minute. Je la cherchais encore lorsque je la vis. Elle était là, grimpant à une échelle accrochée à un immense mur rempli de livres. Si gracieuse, la taille si fine et les hanches si attrayantes.

Elle chercha un ouvrage et le prit du bout des doigts et le plaqua contre elle tandis qu’elle descendait avec prudence. Jamais je n’avais rêvé d’être un livre, mais à cet instant, je m’imaginais être serré contre elle. Je m’approchais, ayant oublié tout ce que j’avais préparé, toutes mes belles tirades et mes arguments.

Elle se retourna et ses yeux s’écarquillèrent en me reconnaissant. Elle était belle. Incroyablement belle. Elle portait une robe moulante grise avec des motifs géométriques roses pâle. Ses collants moulaient ses jambes fines. Je m’en voulu aussitôt d’avoir gardé une image aussi fade d’elle, comparée à sa véritable beauté. Ses lèvres pleines s’entrouvrirent, mais se refermèrent sans dire un mot. Elle posa son livre sur une table et s’avança vers moi. Je fis quelques pas supplémentaires et nous nous retrouvâmes ainsi, comme deux enfants ne sachant pas quoi dire. L’émotion était bien plus forte que ce que j’aurai imaginé.

— Tu es sublime Lou, finis-je par lâcher.

— Je ne m’attendais pas à te voir, ici, maintenant.

— Je t’ai cherché, tu me manquais.

— Je suis heureuse que tu l’aies fait, souffla-t-elle, les joues soudainement roses.

Un large sourire s’étira sur ses lèvres et je m’approchais d’elle. Lentement, je la pris dans mes bras, mon cœur battait à tout rompre, de joie et de peur. Et si elle me repoussait ? Au contraire, elle posa sa tête contre moi et ses mains autour de mon cou. Non seulement elle acceptait mon étreinte mais en plus, elle me serrait contre elle.

Son doux parfum fleuri me parvint et je crus que je ne pourrais plus la lâcher. Je déposais un baiser sur le haut de son crâne, savourant la douceur de ses boucles sur mon visage. Elle s’écarta un peu alors, à contre cœur, je relâchais la pression de mes bras, mais ne quittais pas mes mains de sa taille. Elle était si mince et mes mains étaient si larges sur elle que j’aurais pu la briser, rien qu’en serrant les doigts. Quoi que… sa taille était ferme, particulièrement musclée.

— Allons discuter ailleurs, me chuchota-t-elle en jetant un regard inquiet en direction du rez-de-chaussée.

J’acquiesçais en la suivant. Elle récupéra son livre et nous descendîmes. Sa démarche était légère en allant prendre quelques livres et quelques notes sur une table entre deux rayonnages. J’admirais ses courbes et son déhanché envoutant. Elle se tourna vers moi.

— Je dois aller déposer tout ça à ma mère, je te rejoins à l’entrée.

— À ta mère ? m’écriais-je sans comprendre ce que sa mère avait à voir dans l’histoire.

— Chuuuut… Oui ma mère, elle tient la bibliothèque.

— Oh, oui bien sûr, je le savais tu sais et…

— Je te rejoins, me coupa-t-elle.

— À tout de suite.

Je me sentais vraiment con. Je suis complètement à côté de mes pompes ! Elle me tendit un sourire rieur avant de s’éloigner vers l’énorme comptoir de bois massif derrière laquelle le visage d’une femme à lunettes se cachait. Je retournais à l’entrée le plus discrètement possible. Une fois sur le trottoir, je respirais de nouveau à plein poumons. Je n’en revenais pas, Lou était là. J’avais pu la voir, la toucher même, et nous allions passer du temps ensemble. Mes précédents projets pour la journée me semblaient bien ennuyeux tout à coup. Elle sortit du bâtiment le visage rayonnant.

— Comment à tu su que j’étais là ?

— Je me suis souvenu il y a peu de temps que tu m’avais dit passer du temps à la bibliothèque. Ça n’a pas été difficile de trouver laquelle grâce à la ligne de bus qui passe près de chez moi.

— Ah oui, plutôt malin.

— Ça te dit un thé ? J’ai vu une cafeteria qui a l’air sympa en chemin.

— Oui, avec plaisir.

Nous marchâmes en silence. J’avais très envie de lui saisir la main. Mais j’appréciais déjà la chance de me trouver ici avec elle et d’avoir pu la prendre dans mes bras. Je ne voulais pas non plus la brusquer et tout perdre. Arrivés à destination, je passais la commande et l’invitais à s’installer à une des tables avec banquette.

— Alors, as-tu commencé ton livre ?

— Oui, j’ai même bien avancé ! Je ne fais que ça, à tel point que j’ai dû mal à avancer sur mes traductions.

— Tu fais des traductions ?

— Oui, je suis traductrice, je travaille depuis chez moi.

J’étais étonné et ne savais pas vraiment comment se passait le travail de traducteur, alors elle m’expliqua. Nous parlâmes ensuite de mon boulot au garage et des nouvelles responsabilités que mon père s’était enfin décidé à me donner.

Ça faisait du bien de parler avec elle, les mots coulaient tout seuls. Nous discutâmes ainsi pendant un bon moment, passant d’un sujet à l’autre, cherchant à faire connaissance. Je lui parlai de mon frère et elle de sa tante qu’elle semblait beaucoup aimer.

Après un moment, un silence s’installa. Je voulais lui demander de passer la journée avec moi, mais ne savais pas comment m’y prendre. Elle reprit la parole avant que je n’aie pu prendre ma décision.

— J’aurais pu t’appeler, j’aurais dû t’appeler.

J’étais tellement surpris que je relevai la tête et ne dis pas un mot. Son visage était triste, elle semblait s’en vouloir.

— Mais toi, tu es venu jusqu’à moi, ajouta-t-elle.

— J’avais envie de te voir, j’avais besoin de savoir comment tu allais. Tu es partie et… et j’ai mis trop de temps à me rappeler que tu venais lire à la bibliothèque.

Elle rougit, elle était à croquer.

— Tu es intriguant.

— Pourquoi ça ?

— Pourquoi voulais-tu me revoir ? Je n’ai rien à t’apporter. Rien de ce que tu as l’habitude de recevoir de la part des femmes que tu côtoies.

— Je n’attends rien de tout ça avec toi. Comment peux-tu t’imaginer que tu n’as rien à m’apporter ! C’est justement parce que tu n’as rien à voir avec ces femmes que tu es spéciale.

— Je… je ne sais pas.

— Je suis là, après des semaines et je me sens bien. Qui a-t-il de mal ou de compliqué à ça ?

— Rien, c’est vrai.

— Alors ne nous posons pas de questions inutiles. Ça te va ?

— Ça me va, dit-elle en me souriant de nouveau, comme soulagée.

— Ça te dit d’aller te balader ? Je pense à un endroit qui pourrait même te donner des idées pour ton roman.

Je régalais la note et nous sortîmes, marchant dans la rue tout en discutant. Son ton était redevenu passionné et entrainant. Je lui racontai quelques anecdotes et elle ria de son rire communicatif. En arrivant près de chez moi, je me dirigeai vers ma voiture. Il s’agissait d’une Ferrari 250 GT Lusso de 1962, couleur grenat, que je chérissais particulièrement. Elle hésita un instant avant de s’installer sur le siège passager avec un regard intrigué.

— Je l’ai rénové avec mon père et il m’en a fait cadeau pour mes vingt-cinq ans, expliquai-je en lui tenant la portière.

— Ça fait longtemps ?

— C’est un moyen de me demander mon âge ma belle ?

— Oui, et je ne suis pas ta belle.

— Tu es belle, et tu es avec moi à cet instant, alors oui, tu es ma belle. Et j’ai vingt-huit ans pour ton information.

J’étouffais mon rire en la regardant se tortiller les mains. Je refermais la potière et allais m’installer derrière le volant. Elle tourna son regard vers moi, puis regarda le siège arrière fait du même cuir couleur crème que tout l’habitacle.

— Ça ne doit pas être évident à nettoyer.

— Je ne la salis pas, comme ça c’est plus facile.

— Je serais étonnée que tu n’aies pas amené plus d’une fille dans cette voiture pour…

— Ne termine pas cette phrase Lou.

J’avais pris le ton le plus ferme possible et repris suite à un court silence.

— Déjà, je ne veux pas que tu penses à ce genre de choses, chasse toutes ces idées de ta jolie petite tête. Et puis, saches qu’aucune fille avant toi n’est montée dans ce petit bijou.

— Je ne te crois pas.

— On prend toujours les voitures des potes et le plus souvent on prend le bus et on rentre à pied ou en taxi. Tu ne t’imagines quand même pas que j’aurais risqué de prendre ma voiture alors que j’allai boire. Où même la garer sur un de ces parking miteux et risquer de…

— Ok, ok. Je te crois, dit-elle en riant, m’empêchant d’argumenter davantage. Je crois que j’ai découvert une des choses auxquelles tu tiens le plus : ta voiture !

— Je suis percé à jour ! On peut y aller maintenant ?

— Je ne sais pas où tu m’emmène mais oui, je suis prête.

J’avais la douce sensation que cette phrase avait un double sens.

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