Jeux de Confiance – Chap 6

Jeux de Confiance V2 Fb

Tony

Sans Lou, mon appartement me semblait vide. Mais qu’est-ce qui me prenait ? Pourquoi avais-je passé la journée devant la télé, sans même m’être bougé, sans avoir mangé, sans avoir appelé mes potes pour connaître les plans de ce soir ? Je n’arrivais à penser à rien d’autre qu’à Lou. Ce petit bout de femme à la fois fragile et déterminé. Elle pouvait parfois paraître comme une petite chose sans défense et à d’autres moments, une femme qui ne souffrait pas d’être contredite. Sa force m’avait subjugué. J’avais tout adoré chez elle, son visage angélique, son corps fin et pulpeux sous ses vêtements gris de none. Elle devait être si persuadée de ne pas paraître aussi belle qu’elle l’était en réalité.

Pourquoi ne voulait-elle pas que je la raccompagne chez elle ? Qu’est-ce qu’elle ne voulait pas que j’apprenne sur elle ? Autant de questions dont je n’avais aucun moyen d’obtenir la réponse. Et ce matin, elle avait été passionnée et passionnante lorsqu’elle m’avait parlé de ses bouquins. Elle savait transmettre son enthousiasme. Sa voix était douce et sûre d’elle. Elle était à la fois calme et énergique. Elle me surprenait dans sa dualité, j’avais envie d’en savoir plus sur elle.

Bien sûr, ce qui m’intriguait au plus haut point était son rejet au moindre contact. Elle avait paru terrorisée dès que je m’étais approché, pourtant son corps en demandait plus à chaque effleurement que je lui avais procuré. Je voulais lui montrer qu’elle pouvait avoir confiance en moi, que pour elle, je n’agirai pas comme avec les autres femmes.

En quelques heures, elle m’avait fait oublier les raisons qui m’avaient poussé à me comporter ainsi toute ma vie. Pourquoi détester autant ce que les femmes pouvaient représenter quand elles pouvaient nous apporter autant de sérénité et de joie ? Qu’est ce qui me motive à sortir et à coucher avec toutes ces femmes qui ne m’apportent rien ? J’en venais à me demander ce qui m’avait amené à agir ainsi ces dernières années.

Bien sûr, je connaissais la réponse : ma mère et son départ sans explications, ma mère et ce qu’elle représentait, ma mère et sa trahison, ma mère et son abandon… Je ne voulais pas y repenser. Toute cette histoire m’avait bien trop tourmentée pendant des années. J’avais réussi à enfuir ce passé et à être heureux dans ma vie, du moins c’est ce que je pensais, jusqu’à l’arrivée de Lou. Merde ! Qu’est-ce qui me prenait ? Je n’étais pas du genre à me poser des questions, surtout quand il s’agissait des femmes. Il fallait que je me ressaisisse. Elle ne m’avait pas appelé et… quelle heure était-il ?

Je me levai de mon fauteuil, à la recherche d’un point de repère temporel. Il faisait nuit, mon portable indiquait trois heures du matin. J’avais passé la journée là, tout seul. Dans ce putain de fauteuil ! La fatigue me faisait cligner des yeux. Je décidai d’ignorer les messages et appels en absences de Kurt et allai me coucher. M’allonger dans mon lit vide, sans elle, me serra le ventre. Ou bien étais-ce la faim ? Je ne savais plus et peu-importai. J’aurais simplement voulu qu’elle soit là. Quitte à ne pas pouvoir la toucher, à être patient et à lui donner des gestes tendres, des mots doux… J’aurais tout fait pour qu’elle me voit tel que je suis, qu’elle m’accepte dans sa vie.

Dimanche 15 octobre 2017

Quand je me réveillais, la faim me tiraillait, je devais manger quelque chose. Il était presque midi alors j’allais terminer le reste des lasagnes. La solitude me pesait encore plus que la veille et les autres jours. La voir se régaler devant son assiette avait rendu mon repas bien meilleur. Je ris en repensant à sa tenue, mon pantalon trop grand pour elle sur ses hanches pourtant dessinées. J’avais tout fait pour l’ignorer, mais j’avais vu sa poitrine ronde au travers de son gilet gris moulant. Et lorsqu’elle était arrivée avec seulement mon tee-shirt sur le dos, j’avais très bien vu la forme de ses tétons raidis. Ses seins étaient fermes et de la taille parfaite pour mes mains. Tandis que je regardai mes paumes, j’imaginais la taille de ses mamelons et étais persuadé que nos deux corps s’emboiteraient parfaitement. Mon entrejambe n’en pouvait plus de se tendre sans rien avoir pour se soulager. Je décidai de reprendre mon repas et de penser à autre chose.

C’était une nouvelle journée morte ; je regardai mon portable l’air désespéré. Elle ne m’appelait pas. Allait-elle m’écrire ? Devais-je attendre ? Mon cœur eut un arrêt quand j’entendis tambouriner à ma porte. J’allai ouvrir tout en hurlant des menaces à cette personne qui se permettait de donner de grands coups dans la tôle. Ma colère persista devant le regard hargneux de Kurt. Il me poussa et entra avant même de me laisser en placer une.

— Bon sang mais qu’est-ce qui t’arrive mec !

— Quoi ? Tu me demande ça alors que tu débarques chez moi sans prévenir et en défonçant ma porte ! m’emportais-je tout en refermant cette dernière.

— Tu rigoles là ? T’as perdu ton portable ou quoi ?

— Non, il est là, pourquoi ?

— Tu y jettes un œil des fois ?

— Oui… euh… non mais… j’ai été plutôt occupé alors je n’ai pas trop regardé et…

— Ouais c’est ça. Deux jours entiers ? Et un samedi soir en plus. Tu t’fou d’moi ? Depuis quand une meuf passe avant notre amitié ?

— Mais tu rêves mon gars ! Tu vois une femme ici peut-être ?

— Non et c’est là que j’percute pas. Elle est où la jolie blonde, la meuf en détresse que je t’ai aidé à ramener ?

— Elle est partie, hier matin.

Devant mon air dépité il eut l’air surpris et se calma.

— Ok, ok, j’comprends pas tout mais tu vas me dire ce qui se passe autour d’une bonne pinte. Hier t’as raté la soirée du siècle.

Aller boire une bière me tentait bien, il fallait que je sorte d’ici. Assis au bar en bas de chez moi, l’énorme verre à la main, je me sentais mieux. J’expliquais plus ou moins à mon ami la soirée de vendredi soir suite à son départ. J’évitais les détails et il comprit tout de suite que ça n’expliquait pas mon comportement.

— Pourquoi tu ne te l’es pas faite ?

— Putain mais tu ne comprends rien vieux. Et puis, elle n’aurait pas voulu alors me cherches pas.

— Comment ça… ah ouais, c’est une petite pucelle… se moqua-t-il.

— Merde, parle pas d’elle comme ça. Ce n’est pas une des meufs qu’on traine dans nos plumards au bout de deux heures. Tu l’as bien vu non ? Alors arrêtes de la jouer comme ça. Toi et moi on sait très bien ce qu’on cherche. Et cette fille elle est très loin sur notre terrain de chasse.

— Ouais, t’as raison mec.

Il but une grosse gorgée et je fis de même, sentant le liquide frais et pétillant dans ma gorge me soulager et m’apaiser.

— J’avais envie tu sais, mais elle ne m’aurait jamais laissé l’approcher. Alors je n’ai pas cherché, tu vois.

— Je vois… Mais ça n’explique pas ton silence de ces derniers jours et ton absence hier… Et ta tête du mec qui n’a pas dormi depuis des jours. T’as une sale tronche, j’t’assure.

Je ne répondis pas, ne sachant pas quoi dire ou ne pas dire, penser ou ne pas penser. Je bus de nouveau, sentant rapidement l’alcool arriver dans mon sang, n’ayant rien mangé depuis des heures.

— C’est cette fille Tony ? Elle t’a retourné le cerveau ? Je n’y crois pas… pas toi ! s’exclama Kurt au comble de l’indignation. Pas toi, t’es le dernier qui…

— Va pas t’inventer de films, il n’y a rien. Je n’avais pas envie de répondre à tes messages ni de sortir. Je suis un adulte libre que je sache.

— Non mais je n’en reviens pas. Tu n’es pas sorti de ta piaule depuis que cette meuf est rentrée chez elle.

La réalité de ses paroles me frappa et je ne sus pas quoi répondre. Nous bûmes nos pintes, laissant le silence s’installer un moment.

— T’as son numéro ? finit-il par me demander.

— Non, je lui ai donné le mien mais je n’ai pas de nouvelles. Écoutes, ça n’a aucune importance. Laisse tomber, ok ? Raconte, pourquoi c’était la soirée du siècle hier ?

— Ça va te foutre les boules ! On est allés dans la nouvelle boite qui a ouvert il y a une semaine.

Kurt me raconta leur soirée, me parla de ces filles qu’il avait vu et des délires avec les potes. J’écoutais et me marrais.

Vendredi 27 octobre 2017

Louise

En franchissant la porte de chez ma tante, je me doutais de ce qui m’attendait. J’avais cuisiné un de ces gratins de légumes préférés afin de me faire pardonner de ma longue absence. Je ne passais jamais autant de temps sans lui rendre visite, mais quand je lui expliquerai la raison, elle comprendra.

— Bonjour tata !

— Bonjour ma chérie, je suis contente de te voir.

Son sourire était sincère mais je perçus dans son regard que je lui avais fait de la peine.

— Comme promis, je t’ai ramené notre repas.

— Oh ma biche, merci ! Je vais le mettre au four, j’ai super faim.

Après avoir déposé le plat sur la table de la cuisine recouverte d’une nappe en plastique jaune, j’accrochais mon manteau sur la patère de l’entrée. Rien ne changeait ici, depuis mon enfance, ma tante n’avait absolument pas renouvelé sa décoration. Elle me rejoignit dans le salon pendant que je regardais les exemplaires du magazine dans lequel j’étais publiée, étalés sur sa table basse en bois vernis.

— Tu continues à relire les anciennes nouvelles ?

— Oh, tu sais, j’ai mes préférées ! Je ne m’en lasse pas.

— Tu es si gentille… Et tu vas être contente, j’ai enfin commencé mon manuscrit ! — Oh c’est pas vrai ! Ma chérie je suis si heureuse… C’est donc pour ça que tu n’es pas venue me voir ces jours-ci ?

— Oui, je m’excuse tata. J’étais tellement plongée sur mon clavier que j’ai eu à peine le courage d’aller en courses. Je ne suis sortie qu’aujourd’hui mais j’ai bien avancé tu sais.

— Je me doute, ça fait combien de temps que tu es dessus ?

— Depuis… quinze jours justement.

— Dits-moi que tu as ton manuscrit sur toi ! Je ne pourrais pas patienter un jour de plus sans…

— Tiens, la coupai-je en lui tendant une pochette remplie des pages fraîchement imprimées.

Le sourire de ma tante inspirait tant de joie que j’avais l’impression de lui avoir donné accès aux portes du paradis. Elle tenait l’objet de ses mains tremblantes. Loyle était une très jolie femme, elle était l’aînée de sa fratrie. Elle avait toujours beaucoup pris soin d’elle et je l’imaginais, plus jeune, faisant tomber les hommes à ses pieds. Un jour, j’écriai sa biographie, même si j’étais persuadée qu’elle ne m’avait pas tout dit.

Elle avait souvent des histoires à me raconter, mais les pièces du puzzle ne s’assemblaient pas. Il manquait quelque chose d’essentiel qui justifiait sa vie de solitaire. J’étais sûr qu’il s’agissait d’un homme, mais elle avait le don de détourner le sujet dès que je l’abordais. Elle était toujours prise d’une soudaine envie d’aller préparer du thé alors que nous n’avions pas terminé le nôtre. Ou s’intéressait brusquement à une émission passant à la télé. Je laissais tomber, ne voulant pas la forcer à livrer tous ses secrets.

— J’ai hâte ! Raconte-moi, comment t’est venue l’inspiration pour ton personnage masculin ?

Elle s’installa, le début de mon manuscrit serré sur sa poitrine.

— Et bien…

J’hésitais. J’avais toujours tout raconté à ma tante mais cette fois, je n’étais pas certaine de le vouloir.

— Oui, j’écoute…

— C’est-à-dire que… il n’y a rien de spécial tu sais, l’inspiration ça vient comme ça, dans les livres…

— Ne me ment pas Louise, me coupa-t-elle d’un ton sévère. Si tu ne veux pas me le dire, je peux l’accepter, mais ne ment pas.

— Pardonne-moi. Je suis juste un peu perdue et je ne sais pas si en parler m’aidera.

— As-tu rencontré un garçon ?

— Oui.

— Vendredi, après m’avoir rendu visite ?

— Oui, c’est ça.

— À la bibliothèque ?

— Non, me mis-je à rire. Bon, d’accord, je te raconte. Mais ne me coupe pas sans cesse et promets-moi de garder cette histoire pour toi, je veux que cela reste un secret. D’accord ?

— Je te le promets, raconte-moi !

Elle posa mon manuscrit à côté d’elle sur son canapé en cuir vieillit et s’installa confortablement, sa tasse de thé à la main. Alors je me lançai, je lui racontai ma rencontre avec Tony, ainsi que ce que j’avais ressenti et ce que j’avais voulu, durant quelques secondes près de lui, dans ses bras et au moment de partir. Elle était ma confidente, ma meilleure amie et elle était ouverte d’esprit. Elle avait brusquement reposé sa tasse quand j’avais décrit l’agression mais je l’avais rapidement rassurée. Elle semblait à bout de souffle lorsque je terminai.

— Et alors, tu l’as appelé ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Tu sais très bien pourquoi.

Le regard rempli de tristesse et de déception de ma tante me fit vaciller. M’être rappelée toutes ces sensations et ces émotions m’avait chamboulé, mais l’expression sur son visage me faisait peur. On aurait dit que j’avais fait la plus grosse erreur de toute ma vie. Son regard se voilà et elle sembla perdue dans des souvenirs lointains. Cela lui arrivait parfois, lorsqu’elle racontait une de ses propres histoires surgies du passé et qu’elle semblait omettre un détail de grande importance. J’étais sûr qu’elle pensait à ça à cet instant, à lui, à cet homme dont elle ne me disait rien.

— Tante Loyle ? À quoi penses-tu ?

— Je pense que tu aurais dû contacter ce jeune homme, où aller le voir…

— Il n’y a pas de raison, il n’y a rien à attendre d’une relation avec lui. Et je ne compte pas changer d’avis. Et puis, c’est trop tard maintenant !

— Je sais que tu as souffert ma biche, mais il y a d’autres souffrances bien pires dans la vie et les regrets sont ce qui font le plus mal. Je ne t’ai jamais dicté ta conduite et je respecte ton choix, mais si tu en as envie, contacte-le. D’accord ma chérie ?

Son visage c’était adoucis et elle me fixait intensément.

— D’accord tata. Je te le promets.

Elle me sourit et repris sa tasse de thé refroidi. Nous rigolâmes et l’atmosphère s’apaisa. Elle me raconta ses deux dernières semaines et je lui expliquai avec quelle frénésie j’avais écrit mes premières pages. Elle comprendrait très vite que l’homme de mon livre ressemblait à s’y méprendre à celui dont je venais de lui parler.

Lundi 20 novembre 2017

Les jours passèrent et je repris un rythme de travail plus habituel. Je ne ratai plus une occasion d’aller voir ma tante et lui donnais la suite de mon manuscrit au fur et à mesure. Elle ne m’avait pas reparlé de Tony et avait un œil très critique sur mes écrits. Je prenais en note chacune de ses remarques pertinentes. Je voyais parfois qu’elle me regardait d’un air triste, mais elle retrouvait son sourire rayonnant dès que je croisais son regard.

Je rendais aussi visite à ma mère à la bibliothèque et j’en profitais pour sortir un peu la tête de mon roman en me plongeant dans d’autres aventures. Le dimanche, j’allais manger chez mes parents, tentant d’engager la conversation avec mon père qui était très peu bavard. Il n’était pas à l‘écoute et s’intéressait surtout à la télévision, surtout s’il y avait du foot. Je pensais souvent que ma mère ne devait pas être épanouie.

Avec les années, elle avait remarqué que je lisais les romans d’amours et j’étais sûr qu’elle avait fini par mettre le nez dedans elle aussi. Je le voyais à ses joues rosies devant son bureau à la bibliothèque. Mais si mon père l’apprenait, il serait furieux. Il était loin d’aimer les livres, mais les « histoires de bonnes femmes », comme il les appelait, il en avait horreur. Il m’avait dit à plusieurs reprises qu’il n’y avait rien de tel pour mettre des idées tordues dans la tête des femmes. Ensuite, elles voulaient des mots d’amour et des fleurs à tort et à travers. Ma mère baissait la tête et semblait remplie de lassitude lorsqu’il parlait ainsi. Le sujet retombait vite, aucune de nous deux ne voulant en entendre davantage.

Mon père ne savait rien de ma vie, il savait que j’étais traductrice, mais il ne se doutait pas que j’avais ma propre colonne dans un magazine. Ma mère gardait le secret avec ma tante. Maman disait qu’elle ne les lisait pas, que ces types d’histoires ne l’intéressaient pas. Mais je savais par ma tante quelle les lisait en cachette lorsqu’elle lui rendait visite. C’est pour cela que tante Loyle les laissait souvent trainer. Elle faisait semblant de ne pas savoir et occupait mon père pour laisser plus de temps à sa sœur de lire mes histoires. Ce petit jeu durait depuis des mois et ça nous faisait bien rire.

Lorsque je rentrais chez moi, je bouclais rapidement mes traductions et j’envoyais mes textes à la maison d’édition. N’ayant plus autant de temps à m’y consacrer, je ressortais mes anciennes notes et envoyais les écrits que j’avais gardé de côté. Ce que je préférais, c’était poursuivre mon roman, je m’y sentais bien, heureuse et exaltée par ce que vivaient mes personnages. J’avais l’impression que ma vie était trop fade pour y passer plus de temps que nécessaire. Les jours passèrent, ainsi que les semaines et je me plongeais toujours plus dans mon ouvrage.

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