Jeux de Confiance – Chap 5

Jeux de Confiance V2 Fb

Tony

— Qu’est-ce que tu veux déjeuner ? lui demandai-je tout en la maintenant blottie contre moi.

— Peu importe.

— Dans ce cas… Qu’est-ce que tu rêves de déjeuner et que tu n’as pas mangé depuis longtemps ?

— Du pain frais et du beurre, répondit-elle aussitôt.

Je me relevai, laissant la tête de Louise retomber doucement sur l’oreiller et me dépêchai d’aller dans la salle de bain pour enfiler un jeans et un maillot.

— Je reviens tout de suite. Ne bouge pas surtout !

J’attrapai mon portefeuille et sortis en courant, priant pour qu’elle n’ait pas le temps de fuir mon appartement. D’habitude, lorsqu’une femme dormait chez moi, et qu’elle s’était permise de rester toute la nuit, je lui indiquais assez clairement qu’il fallait qu’elle déguerpisse. Je n’étais pas très subtil et la fille comprenait qu’elle n’avait rien à attendre de moi.

Mais avec Lou, c’était différent. Je voulais en savoir plus sur elle. Elle m’intriguait et je tenais à passer ce moment avec elle, ce que j’évitais toujours avec toutes les autres. Je courus à la boulangerie du coin de la rue, achetai deux baguettes fraîches et croustillantes ainsi que des pains au chocolat. Je retournai chez moi le plus vite possible et ouvris la porte à la volée. Je l’entendis pousser un petit cri de surprise. Elle était près de la salle de bain, déjà habillée. Du moins, elle avait enfilé sa jupe et ses collants mais avait gardé mon tee-shirt.

— Tu m’as foutu une de ces frousses.

— Oups, j’ai de l’énergie à revendre.

Voyant que je regardai sa tenue elle se sentit obligée de m’expliquer.

— Je n’ai pas pu remettre mon gilet, il est trempé par la pluie d’hier.

— Tu peux garder mon maillot, pas de soucis.

Je lui souriais en passant près d’elle pour déposer mes achats sur la petite table de la salle à manger.

— Tu as prévu d’inviter tes voisins ?

— Oui, j’ai vu un peu gros. J’ai faim !

Elle ria et je ne pus m’empêcher de la regarder. Elle reprit son sérieux et plongea son regard dans le mien. Qu’est-ce qu’elle était belle. Je voulais la prendre dans mes bras, lui dire ce que je ressentais. Je fis un pas dans sa direction et elle recula, détourna le regard et s’installa à table.

— Tu vas m’aider à manger tout ça ou bien tu comptes me regarder dévorer mon petit déjeuner ?

— Oui, oui j’arrive. Tu voulais du beurre c’est ça ? Je te ramène aussi de la confiture, j’adore ça !

Tout en ouvrant le réfrigérateur, je lui demandai si elle voulait quelque chose à boire.

— Tu as du thé ?

— Oui, ce n’est pas la meilleure qualité mais bon, ça peut faire l’affaire ?

— C’est très bien, merci.

Nous déjeunâmes en silence, mastiquant consciencieusement notre pain et les viennoiseries. Elle semblait se régaler, son sourire se lisait entre deux bouchées. Je l’invitai à me parler de ce fameux livre qui lui avait fait perdre la notion du temps. D’habitude, j’écoute à peine ce que les filles ont à me dire, elles sont d’un ennui ! Mais elle, elle savait raconter. Elle allait droit au but et ne s’embarrassait pas avec des détails inutiles.

Au début, elle sembla gênée, comme si elle réfléchissait beaucoup trop avant de parler. Puis, elle me raconta le dernier livre qu’elle avait lu et sa passion était palpable. Elle me donnait presque envie de lire… enfin, presque parce qu’en soi, l’histoire ne me passionnait pas particulièrement. Les rencontres amoureuses, ce n’est pas mon truc. Elle me parla des techniques employées, du vocabulaire choisi qui entrainait telle ou telle réaction chez le lecteur. Son énergie vibrait en moi. C’était une dingue des livres.

— Et tu n’as jamais pensé à écrire ton propre roman ?

Ma question l’avait arrêtée en plein vol. Elle chercha ses mots, sembla hésiter…

— Je… c’est en cours, lâcha-t-elle enfin.

— Tu as commencé où tu as juste l’idée ?

— J’ai l’idée et quelques personnages. Mais rien n’est écrit pour le moment, je cherche de l’inspiration, je veux qu’il soit parfait !

De nouveau, la passion incendia ses mots et son visage. Elle était épanouie, souriante, belle… Après déjeuner, nous débarrassâmes et elle me posa quelques questions. Son ton était aussi ferme et franc que la veille. Je lui racontai où je bossais et que je reprendrais l’affaire de mon père dans les années à venir.

Au bout d’un moment, je devinai qu’elle allait trouver le moyen de s’en aller. Je ne voulais pas la voir partir, j’avais envie de la garder près de moi encore quelques heures. Je réfléchissais à toute vitesse pour trouver une excuse qui la ferait rester, quand elle reprit la parole.

— Je ne sais pas comment te remercier Tony, tu m’as clairement sauvé hier. Je vais tâcher d’occulter ce qui s’est passé dans la rue, mais je n’oublierai pas ton geste et… toutes tes attentions. Tu es un homme bien.

— Tu n’as pas à me remercier. Qu’est-ce que tu dirais de…

— Je dois y aller.

— Attends, je… pourquoi ne resterais-tu pas un peu. Tu pourrais me parler un peu plus de ton manuscrit, qui sait, je pourrais t’aider.

— Non Tony, je vais rentrer maintenant.

Son ton était ferme, tout comme son regard. Voyant ma mine défaite, elle se radoucit.

— Je me sens mieux et j’ai envie de rentrer chez moi. Je ne veux pas rester plus longtemps.

— D’accord… je ne peux donc rien faire qui te ferait changer d’avis ?

— Non, tu en as déjà beaucoup fait pour moi. Je t’en serais toujours reconnaissante.

Mon cœur s’emballa, je voulais la revoir…

— Attends, dis-je tandis qu’elle s’éloignait vers la porte.

J’allais dans la cuisine où j’étais sûr d’avoir vu un papier qui traînait, je vérifiais ce qu’il y avait au dos et écrivis rapidement.

— Prends mon numéro, dis-je en lui tendant le morceau de papier quelques secondes plus tard.

Comme elle ne le prenait pas, j’ajoutai.

— Au cas où tu aurais besoin d’aide et que… ton copain ou tes proches ne pourraient pas t’aider. Ou juste comme ça, si l’envie t’en prend.

À mon soulagement, elle tendit le bras pour prendre délicatement le papier que je lui tendais. Elle le garda dans la main avant de reprendre la parole.

— Ok. Et… je n’ai pas de copain.

Je lisais dans son regard qu’elle était perdue, comme si toute sa détermination semblait sur le point de s’effondrer. Je n’hésitai pas une seconde, je m’approchai d’elle et lui apposai un long baiser sur le front, ma main dans ses cheveux pour la sentir près de moi. Je m’écartai pour jauger sa réaction, elle était complètement paralysée mais me regardait, les yeux brillants d’une intensité que je n’avais jamais observée chez une femme.

C’était si peu, comment pouvait-elle avoir des réactions si disproportionnées ? Alors, je la pris dans mes bras, posant sa tête sur mon torse, je la trouvai toute menue dans mes bras. Elle ne me rejeta pas, mais ne me toucha pas. Mon cœur battait à la chamade et j’espérais qu’elle le sentirait. Je fis glisser ma main sur sa joue.

— Reste.

— Non.

Son regard perdu changea pour exprimer à nouveau toute sa détermination.

— Je ne peux pas…reprit-elle. Je dois… y aller maintenant.

Sa voix était hachée, elle hésitait, je le savais. Peut-être que si j’insistais encore un peu, elle cèderait. J’allais de nouveau tenter une approche quand elle se recula, dégageant ma main de son visage.

— Passe une bonne journée Tony.

Elle franchit la porte et descendit l’escalier de fer menant à la ruelle. Je la regardais partir, cherchant toutes les excuses possibles pour la pousser à revenir, mais rien ne me venait. Lorsqu’elle se retourna vers moi au bas des escaliers, son visage était éclairé d’un large sourire.

— Merci pour le pain frais Tony, ça faisait des lustres que j’en rêvais !

— C’est un plaisir de te faire plaisir ma belle. À bientôt.

Elle me fit signe de la main, son geste était tendre mais je n’aurais su dire pourquoi. Je la regardais partir jusqu’à ce qu’elle soit cachée par l’immeuble voisin. Je rentrai, dépité. J’allai dans la salle de bain, prêt pour prendre une bonne douche, sûrement en pensant à elle, quand je vis son gilet sur le côté de l’évier. Je sortis en trombe de mon studio, dévalai les marches et me dépêchai de la rejoindre, lorsque je vis un bus s’éloigner, l’arrêt était vide, elle était partie. Et si elle ne me rappelait pas ? J’étais ridicule d’avoir couru ainsi. Qu’est-ce que je croyais ? Qu’en me voyant arriver à bout de souffle, son gilet à la main, elle allait me tomber dans les bras ? Au moins ça lui ferait une raison de me contacter. J’aurai alors son numéro et je pourrais la revoir.

Louise

J’avais dû faire preuve d’une grande volonté pour rentrer chez moi. J’avais failli craquer et rester avec lui. Ce n’est pas l’envie qui manquait sur l’instant. Jusqu’à ce que me reviennent en mémoire mes ex et il était hors de question de revivre ça. Pas encore, ça non ! J’étais bien trop naïve et je me connaissais.

Surtout avec un mec comme lui, un fêtard et un dragueur de première. Il faudrait qu’il s’accroche pour me revoir un jour, ça c’est sûr. J’aimerais qu’il y parvienne… Non, il ne faut pas, je tomberais dans son piège et je souffrirais encore.

Après m’être changée, je me préparai un thé en observant mon petit appartement. Je vivais ici depuis un an. J’avais emménagé dès que j’avais commencé à travailler. Je passais la plupart de mon temps sur mon ordinateur et aimais regarder par la fenêtre juste en face. Je n’avais que deux pièces mis à part ma salle de bain et le coin cuisine. L’une était ma chambre, petite avec seulement une étroite fenêtre et mon lit. L’autre était mon salon, remplie d’étagères, elles-mêmes bondées de livres.

J’aimais lire plusieurs œuvres à la fois, que je laissais trainer ici et là. J’avais des carnets de notes dispersés dans tous les coins. En fonction de mes humeurs, j’aimais écrire mes pensées, mes découvertes en observant un voisin entrer, un client au supermarché, mes parents… Cela me donnait de l’inspiration pour la colonne dont j’étais l’auteur dans le journal. Mon responsable me laissait carte blanche, n’accordant que très peu d’importance à cette rubrique.

Dans cette pièce, je n’avais que deux fauteuils dépareillés et des guéridons qui se retrouvaient rapidement recouverts de tasses de thé, de carnets ou de livres. Je n’avais pas de télévision et le bar séparant la cuisine du séjour me servait de table à manger. J’aimais cuisiner mais avais peu de motivation pour moi toute seule. J’apportais parfois un plat chez ma tante que je dégustais avec elle. Je n’avais pas d’invités, à vrai dire, seule ma mère venait à l’occasion mais elle ne restait pas longtemps. Je n’aimais pas avoir de la visite, j’avais l’impression que l’on entrait dans mon intimité.

Je savais que c’était ridicule, mais ce lieu était à mon image et je m’y sentais bien. Je ne voulais pas que quiconque ou quoique ce soit puisse y amener de mauvais souvenirs. J’étais en sécurité ici. Dans ma bulle, au calme et en confiance. Seule mais heureuse avec mes romans et mes histoires.

Tout en savourant mon thé, je m’installais dans un des fauteuils. Je songeais à Tony. Quel type surprenant ! À vrai dire, cela devait faire deux ans que je n’avais pas parlé aussi longtemps à un homme. Je frissonnais en repensant à notre proximité. Il était musclé, beau, charmant et attentionné. Malheureusement immature et coureur de jupons. En même temps, je l’avais deviné joyeux, courageux, soucieux de son appartement, des autres et de son hygiène de vie. Il était contradictoire et j’avais dû mal à le cerner.

Je commençai à écrire ce que j’avais retenu de lui. D’abord, ma première impression en quelques phrases. Puis, son physique, les traits de son visage, ses yeux clairs dans lesquels j’avais aimé me plonger. Sa carrure et son allure, sa beauté était sauvage, tellement difficile à comprendre et tellement attrayante. Je notais également ce que j’avais appris sur lui, ce qu’il m’avait confirmé mais aussi ce que je n’avais pas réussi à déchiffrer. Tout en écrivant, mon cœur battait plus fort et la chaleur s’installait, laissant divaguer mes pensées sur son corps et ses bras autour de moi, ses mains sur mon visage…

Je me ressaisis et entrepris de continuer de compléter son portrait en imaginant les détails manquants. Il avait semblé surpris ou en colère lorsque j’avais demandé si sa mère l’aidait au ménage. Y aurait-il des conflits avec elle ? J’inventais alors des détails dans son enfance et des relations familiales compliquées. J’écrivais frénétiquement. Je me sentis devenir folle, ma main n’inscrivait pas assez vite mes idées.

Suite à un long moment de grattage frénétique sur mon petit carnet corné, je relevais la tête, presque en sueur. J’avais mon personnage, celui de mon histoire qui se devait d’être parfaite. Il serait mon idéal masculin, celui que j’avais choisi pour mon roman.

Je sautais du fauteuil, allai mettre de la musique sur le petit appareil recouvert de magazines, un rock des années 70, et me dandinait en chantant à contre-temps. Je m’étais enfin décidée, j’avais trouvé l’homme qui me faisait vibrer ! Enfin, j’avais trouvé le personnage de mon roman, me reprenais-je. J’allais pouvoir commencer l’écriture de mon manuscrit, mon premier et il serait génial !

Une douche et un plat de pâtes rapidement cuisiné et je m’installai confortablement à mon bureau. La musique était en fond sonore, j’étais dans les meilleures conditions pour écrire, l’inspiration remplissait mon être et les idées fusaient. Mes notes autour de moi, je commençai à taper sur le clavier. Les heures passèrent et je ne pus m’arrêter. Un message de ma mère me sortit de ma transe. Je répondis rapidement que je ne pourrais pas les rejoindre pour déjeuner le lendemain. Oui, c’était dimanche et alors ? L’inspiration ça ne se commande pas. Je mis mon téléphone en silencieux et repris mon écriture.

Suite à plusieurs heures de travail acharné et sentant la faim me tirailler, je passai commande d’une pizza. Je n’arrêtai d’écrire que pour recevoir le livreur au bas de l’immeuble. Je ne tenais pas à ce qu’il sache exactement où je vivais. Après avoir englouti la moitié de la pizza, je repris là où j’en étais. Le sommeil me piqua les yeux, pourtant je ne voulais pas m’arrêter. Une telle frénésie était signe de créativité pour moi. Il m’était déjà arrivé à de nombreuses reprises d’écrire sans pouvoir m’arrêter, mais comme il s’agissait de mes articles, qui se devaient d’être courts, je terminais rapidement.

Cette fois, il s’agissait de mon manuscrit celui auquel j’avais pensé des milliers d’heures sans pouvoir le commencer. Vers quatre heures, n’en pouvant plus, je me décidai enfin à aller me coucher. Je ne parvenais plus à taper une phrase sans oublier un mot. Je me plongeai sous ma couette, soulagée du confort que mon lit m’apportait instantanément.

Je n’avais cessé de penser à Tony à travers ce qu’il m’avait inspiré. Le héros de mon livre n’était qu’un personnage créé autour de l’homme que j’avais rencontré la nuit passée. Sous mes draps, je me remis à penser à Tony, au vrai, pas à celui créé et modifié pour combler les manques. Me retrouver seule me fit regretter son corps près du mien, sa chaleur, son regard, ses bras autour de mes épaules le matin au réveil et cette sensation de bonheur qui m’avait envahi. Je savais qu’il s’agissait simplement d’hormones et de mon manque flagrant d’attention et de présence masculine dans ma vie. Pourtant, cela m’avait semblé si réel et j’avais eu envie d’y croire. Les livres ne pouvaient pas combler tous les besoins, même si je faisais tout pour l’oublier en me plongeant encore plus dans mes romans.

Cette dernière nuit m’avait rappelé combien être dans les bras d’un homme pouvait changer la vie et comment mon corps en manque pouvait réagir au moindre de ses frôlements. J’avais aimé chacun de ses gestes. C’est comme s’il avait compris très vite qu’il ne pourrait pas me toucher comme il l’aurait fait avec une autre femme. Il n’avait ni abusé, ni dépassé les limites. Il semblait être respectueux et tendre. J’avais envie qu’il soit là, qu’il me touche et qu’il m’embrasse. Qu’il me fasse découvrir ce qu’est une étreinte avec lui. Non ! Je devais me ressaisir. Il n’était qu’une rencontre qui m’a inspirée pour mon livre, rien d’autre. D’ailleurs, il n’avait aucun moyen de me retrouver, il ne savait rien sur moi et je ne comptais pas le contacter. J’avais gardé le papier qu’il m’avait tendu, je ne l’avais pas regardé de crainte de craquer sous la tentation des émotions qui m’assaillaient. Je l’avais glissé dans mon carnet de notes et c’est là que j’avais commencé à écrire. Je ne le reverrai jamais, je pouvais seulement rêver de lui et imaginer ses bras rassurants autour de moi. Je m’endormis ainsi, la chaleur de son souffle dans mon cou…

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